Qu’est ce que la bienveillance, et pourquoi ça fait tant polémique ?

Ouh là là , on entre en terrain glissant ! Vraiment ?
Dans cet article, je vais quitter mon habit de neutralité et prendre nettement position (que vous trouverez peut-être radicale …  n’hésitez pas à donner votre avis! Les débats, les partages, font notre richesse!).
Je trouve que l’on voit de plus en plus de coups de gueule contre la « parentalité bienveillante », et je suis souvent circonspecte quand aux contenus de ces coups de gueule. Je trouve aussi qu’Internet est un vivier de mégalomanes qui a bien du mal à accepter un avis différent du sien, ce qui nous apporte un lot considérable de râleries franchement inutiles et puériles (ça y est, ça balance !). Alors je m’interroge : la bienveillance mérite-t-elle vraiment que l’on s’acharne à ce point contre elle ?

Qu’est ce que la bienveillance ?
On commence par du basique : une définition. J’appelle notre ami Larousse, je lui demande « bienveillance ? », il me répond : nom féminin. Disposition d’esprit inclinant à la compréhension, à l’indulgence envers autrui . Bon. A priori, il n’y a pas de quoi s’énerver. Au contraire, avec une définition pareille, la bienveillance devrait même pouvoir fédérer tout le monde, vous ne trouvez pas ?

Qu’est ce que la parentalité bienveillante ?
Il n’y a pas de définition chez Larousse, cette fois-ci. Et globalement, cet item n’est pas beaucoup utilisé par les puristes, lui préférant  les termes « parentalité positive » , ou « éducation bienveillante » car l’on peut être un parent bienveillant qui pratique une éducation, malheureusement, non bienveillante. Alors, je pense qu’il existe des parents malveillants, du genre à frapper leurs enfants avec un fer à repasser, les enfermer dans la cave jusqu’à ce qu’ils finissent leur assiette de petits pois, et/ou leur répéter inlassablement et avec le sourire à quel point ils sont déçus d’avoir enfanter un crétin de la sorte qui n’arrivera jamais à rien dans sa vie. Je pense, oui, que la malveillance existe en éducation. Mais je crois que ces parents-là ne lisent pas la blogosphère parentale, ne tweets pas leurs activités du mercredi après-midi et ne postent pas leur fournée de cookies vegans sur Instagram (mais qui sait ?).

Cette image est très parlante, non ? – Visual hunt

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Qu’est ce que la parentalité positive ?

Il n’y a pas de définition stricte de la parentalité positive non plus, alors je vais vous en citer 2 :
– celle d’Isabelle Fillozat, porte-parole de cette discipline « Parentalité qui va plutôt fournir des ressources, en lieu et place de limites. Éduquer les enfants, leur permettre de grandir, de regarder vers le futur, et comment le faire ; plutôt que de dire « non », plutôt que de dire « tu ne dois pas », et de punir quand quelque chose ne va pas. Ouvrir la porte plutôt que de la fermer » (ici à 1:30).
– celle de Floriane du blog Parents naturellement, que je trouve très explicite aussi « La parentalité positive, aussi appelée éducation bienveillante, éducation respectueuse, discipline positive ou encore éducation non violente, est une approche alternative de l’éducation fondée sur le respect de l’enfant. Elle exclut toute forme de violence éducative, et propose à la place des outils basés sur l’écoute, le dialogue, l’accompagnement, le respect mutuel. » (ici)
La parentalité positive fait appel à la bienveillance ; la boucle est bouclée ;) .

En complément, il est important de souligner que la parentalité positive n’inclut PAS : le laxisme, le désintérêt des parents pour l’éducation, le déni des règles sociétales, la négligence (notamment de la sécurité de l’enfant), la passivité. Non, la parentalité positive n’est pas une absence de règles et de limites. C’est un apprentissage de ces règles et des limites, basé sur la compréhension et la participation de l’enfant, plutôt que sur sa soumission. On dépasse le rapport de force [Parent tout-puissant >/< Enfant qui ne sait pas] pour évoluer en binôme coopératif [Parent qui accompagne et enseigne <> Enfant qui découvre et comprend]. La parentalité positive requiert également une reconnaissance des émotions, positives et négatives, de l’enfant mais aussi du parent : car le parent n’est pas un robot toujours souriant et d’humeur égale. Il ressent, et doit le dire, de la colère, de la tristesse, du stress, de la fatigue, de la lassitude… au même titre que son enfant.

Alors, pourquoi tant de haine envers de si merveilleux concepts ?
Et c’est bien là ma question principale. Quand je lis les définitions et objectifs de la parentalité positive, je ne conçois pas que l’on puisse être en désaccord avec. Et pourtant … on voit fleurir depuis quelques mois, moultes coups de gueules contre cette parentalité positive qui dénonce, qui culpabilise, qui est utopique, qui créé des enfants-rois …

Pexels

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Alors je me lance à mon tour dans la râlerie.
Je pense que globalement, les gens qui crient au scandale n’ont soit pas comprit, soit pas confiance en eux, soit, pour une infime partie, vécu une expérience agressive de la part des « radicalistes de la bienveillance » (j’en parle plus bas).

Pour ceux qui n’ont rien comprit, il suffirait de leur ré-expliquer les principes, et je pense sincèrement qu’une meilleure compréhension du concept peut fédérer les septiques. Mais probablement que certaines mauvaises volontés perdureront et l’on n’y pourra rien. Dans ce cas, je ne comprends pas pourquoi, quand on n’adhère pas à un principe, on s’acharne à regarder/cliquer/lire des articles, études, posts à ce propos. Si ça ne t’intéresse pas, pourquoi perdre ton temps ainsi ? Et surtout, pourquoi en faire ton cheval de bataille ? Je fais le parallèle avec la Manif pour tous, qui se battait contre des droits qui ne les concernaient même pas… Ridicule, vraiment !

Je te donne un exemple concret : Moi et la HNI (hygiène naturelle infantile). C’est un concept sur lequel je me suis un peu renseignée, mais qui ne m’a pas parlé et que je n’ai pas du tout souhaité suivre. Eh bien … l’histoire est close, non ? Est ce que je vais aller rechercher des posts, photos, articles qui parlent d’HNI ? Est ce que je vais les partager en râlant sur leur vantardise à utiliser cette méthode ? Est ce que je vais écrire un article dénonçant la culpabilisation qu’induisent les parents qui exposent publiquement leur réussite dans cette façon de gérer les déjections de leurs bambins ? Bien sûr que non ! Quel en serai l’intérêt ? Attaquer gratuitement des gens qui sont simplement fiers de pratiquer, et désireux de partager cette réussite ? Rejeter sur la HNI quelques-uns de mes complexes cachés, en matière d’éducation (ou de propreté ?), plutôt que de rechercher en moi-même pourquoi est ce que ça me dérange vraiment ? Râler pour le plaisir ? Faire un article putaclik ?
Non. Je ne parle pas de HNI parce que ça ne me concerne pas, je sais les raisons pour lesquelles je ne souhaite pas la pratiquer, je salue les parents qui la pratique avec réussite et j’en suis fort contente pour eux. Pratiquants de HNI, des couches lavables et de couches jetables peuvent cohabiter. Ça s’appelle tolérance, ça s’appelle bienveillance (la boucle se reboucle!).

Je rebondis donc sur les internautes qui dénoncent, suite à une expérience malheureuse et franchement agressive, l’aura qu’a cette parentalité positive (comme l’a pu vivre Picou du blog Picou bulle). Comme pour tout courant de pensée, il y a une branche « radicaliste » qui se développe. La parentalité bienveillante n’échappe, ironiquement, pas à la règle. C’est ainsi que certains parents jouent à la chasse aux sorcières, dénonçant publiquement des photos, posts, pensées d’autres internautes, les détournant allègrement de leurs contexte, dans le seul but de prôner une bienveillance qu’ils n’appliquent même pas (il n’y a ni compréhension, ni indulgence dans leurs actions), et surtout il faut le dire, faire parler d’eux. Il s’agit d’actes agressifs, graves même (il y a un risque de cyber-harcèlement), et qui n’ont absolument pas l’effet escompté : la personne visée n’a bien évidemment pas envie de « changer » pour rallier leur cause ; mais en plus, elle risque de dénoncer cette attaque gratuite en grossissant le trait, aussi gros qu’il l’a été contre elle, et nous tombons dans le « La bienveillance c’est n’importe quoi » (ce que, vous noterez, ne fait pas Picou).

Pexels

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Enfin, je pense que la majorité des parents qui expriment leur désaccord envers la parentalité positive, et la dénonce, le font par manque de confiance en eux. Et comme personnellement, je pense que le monde tournerait bien mieux si l’on avait tous confiance en nous, je suis intimement convaincue que ces parents-là sont des bienveillants qui s’ignorent, ou qui ne s’autorisent pas à l’être, mais qui sont prêt à embarquer pour peu qu’on leur donne une once d’espoir quand à la justesse de leurs actes. En effet, les discours, parfois édulcorés, à propos de la parentalité positive, remettent en question certains de nos actes et paroles : mince, en fait ce que je dis ou fais, ce n’est pas bon ?! Qui plus est, nous portons en nous l’éducation traditionnelle basée sur la supériorité du parent sur l’enfant, et l’obligation de « mater » les enfants pour en faire des gens biens, ce qui est un boulet dont il est parfois difficile de s’affranchir lorsqu’on n’a connu que cela. Alors, une vague de culpabilité ne tarde pas à nous envahir. I. Fillozat (ici à 29:00) souligne que la culpabilité est naturelle, est surtout est une bonne chose lorsqu’elle nous permet de réajuster notre façon de faire : c’est une excellente clé d’amélioration de nos pratiques ! Elle dit qu’il faut surtout bannir la culpabilité du type « Je suis la pire mère de la Terre » qui nous plombe et ne nous fait pas avancer, car elle apporte rencoeur, colère, ou apathie, donc que du négatif (alors là, la boucle est cassée !). On se sert donc de la culpabilité, non pas pour accuser les autres de vouloir nous abaisser, mais d’un moteur pour nous connaitre et nous améliorer. Dans cette même vidéo, à 20:50, elle avoue (scoop!… ou pas!) qu’elle-même a déjà craqué parce que OUI : TOUT LE MONDE CRAQUE, déborde, dépasse les limites qu’il s’était pourtant fixé, pour une multitude de raisons (la 1ère étant : parce que nous sommes humains!). Le débordement n’est pas grave, pour peu que l’on répare, plutôt que banaliser ou ne pas se rendre compte.

On pourrai parler des heures de parentalité positive, mais cet article est déjà très long, alors je vais conclure !
Je trouve désolant de lire tant de dénonciations de la bienveillance, alors que que l’on devrait tous l’appliquer, à tout le monde … bon, ou presque, avec ta belle-mère peau-de-vache, ou ton collègue vicelard, tu peux t’abstenir ! (#ClichésMaisPasSiFaux). Surtout, les concepts d’accompagnement de l’enfant, de coopération plutôt que de rapport de force, de prise en compte de ses émotions et des limites liées à son jeune âge, ne me semblent pas aberrants et sont une ligne de conduite qui ne peut qu’apporter du positif dans la relation parent-enfant. En gardant toujours en tête que la perfection n’existe pas, et que les erreurs sont humaines ! D’ailleurs, comme le dit Fillozat dans son livre « il n’y a pas de parents parfaits » : Personne, et surtout pas nos enfants, n’attend de nous que nous soyons parfaits.

Alors, les plus expérimentées d’entre vous me diront peut-être que je n’ai qu’une poupette de 15 mois, que c’était facile jusqu’à présent, que je verrai bien dans les mois et années qui viendront, à quelle sauce je serais mangée … Eh bien oui, vous avez raison ! On verra bien comment je m’en tire dans cette future débâcle qu’est l’éducation… Je connais et essaie de pratiquer la bienveillance depuis presque 10 ans, date de mes débuts en formation au métier d’infirmière, une discipline dans laquelle la bienveillance doit être de mise à chaque instant. Je sais à quel point c’est énergivore, épuisant, quelles ressources mentales cela demande, et combien l’on commet facilement de petits travers. Je sais aussi quelle richesse cela apporte, combien cela me fait grandir et mûrir, je suis surprise de voir à quel point l’on peut, encore et encore, ouvrir toujours plus son esprit grâce à ce partage d’égal à égal. J’ai hâte (et peur !) de découvrir la bienveillance dans le cadre éducatif cette fois-ci. Affaire à suivre ! …

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11 commentaires sur “Qu’est ce que la bienveillance, et pourquoi ça fait tant polémique ?

  1. Merci pour ce très bel article !! C’est vrai que je te rejoins sur le fait que j’ai du mal à comprendre ceux qui jugent et critiquent la bienveillance… Après réflexion je me suis dis que ça a été tellement utilisé (parfois à tord) que ça a parfois perdu de sa valeur car on l’a dit à tout bout de champ. Mais ça n’empêche qu’on devrait tous y tendre, avec tout le monde donc pourquoi tant de « haine » envers la bienveillance?? Si vous n’adhérez pas, ne cherchez pas sur internet, ne vous acharnez pas sur ce qui le prône… Je t’avoues que je ne comprends pas non plus cette façon de faire ! En tous cas je te souhaite de jolies années à venir dans l’éducation bienveillante. 😀 Et encore merci de souligner ce débat ! Tu as bien fait de prendre ton clavier pour partager ton ressenti avec nous !!!

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  2. Bravo pour ce bel article, il résume si bien mes regrets! Et tu dénonces les mêmes problèmes de fond que ceux que je devine: un manque cruel de confiance en soi, une difficulté réelle de se détacher des schémas éducatifs dans lesquels on a été élevés et enfin une regrettable confusion bienveillance/laxisme qui a hélas la peau dure! En plus, on vit dans une société qui laisse peu de place à l’expression des émotions qu’on nous demande de taire depuis notre enfance. Beaucoup de parents, je pense, vivent dans la négation de leurs propres émotions et ne peuvent ainsi développer l’empathie que nécessite la bienveillance. C’est un sacré travail à faire sur soi que beaucoup préfèrent ne pas entamer, par peur d’y perdre des plumes pour aucun résultat.

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    1. Ce blocage quand à la reconaissance, et l’expression des émotions, nous fait vraiment beaucoup de tords à tous ! Moi, je reconnais avoir des difficultés à les laisser s’exprimer … Comme tu le dis, un sacré travail à faire sur soi !

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  3. C’est pas vraiment un sujet qui me passionne (du coup je laisse un commentaire, logique 😂) car j’ai l’impression qu’on se noit dans un verre d’eau. C’est excatement comme tu le dis avec l’HNI : ceux qui n’aiment pas l’idée passent aux couches et voilà c’est tout, fin de l’histoire. Sauf que là j’ai l’impression que si tu ne suis pas l’éducation bienveillante tu es obligatoirement une mère malveillante (le mot horrible) alors que rien n’est jamais tout noir ou tout blanc…

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    1. De la façon dont j’écris l’article, ou c’est une impression générale?
      Ça me fait sourire ce que tu dis car j’avais rédigé un paragraphe sur le fait que, ne pas suivre les préceptes de l’éducation bienveillante, ça ne signifie pas être malveillant, mais j’ai effacé ce paragraphe car j’estimais mon article trop long déjà!
      Donc, je ne peux qu’approuver grandement ce que tu dis !

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      1. Non c’est une impression générale que j’ai eu aussi d’une certaine manière avec tout le foin autour de la méthode Montessori. Chacun fait du mieux possible, et comme tu le dis nous ne sommes pas des robots…

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      2. Oh oui j’ai aussi cette impression pour Montessori, un emballement général, mais quelle compréhension des principes ? En fait, ces belles théories devraient nous servir de base (si elles résonnent en nous, en tout cas) mais ensuite, on devrait inclure une grande souplesse dans la mise en oeuvre, et c’est ce qui en ferait des préceptes d’autant plus riches !

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  4. Oh, merci pour cet article. Ça m’interpelle vraiment tout ces articles contre la parentalité bienveillante. En fait, je pense que beaucoup la confondent avec être parents parfait alors que ce n’est pas du tout cas. Et surtout, je pense que beaucoup de ces personnes culpabilisent. Elles aimeraient certainement faire certaines choses et n’y arrivent pas alors rejettent tout en bloc, c’est dommage.
    Et puis, comme tu abordes dans ton dernier commentaire Montessori. C’est très à la mode et vendeur. Mais il n’y a pas toujours les principes de Montessori derrière tout ça, c’est dommage, mais c’est vendeur.
    Malheureusement, beaucoup de personnes consomment et ne sont pas dans le fond des choses et après ils ne comprennent pas pourquoi ça ne marche pas !
    Maintenant, je préfère de terme de parents conscient. Il me semble que c’est plus dans la profondeur, la réflexion. L’important est de savoir pourquoi on agit comme on agit et d’éviter d’agir par automatisme 🙂

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    1. Parent conscient , J’aime beaucoup ! C’est très parlant en effet , de l’approche que l’on veut de l’éducation!

      Je ne me suis pas beaucoup penchée sur la pédagogie Montessori, parce que j’ai vraiment l’impression que c’est devenu un argument marketing, et du coup ça me gonflait d’en voir partout… jusqu’à il y a peu, où j’ai commencé à lire les fondements et ça me parle vraiment ! Mais en effet, si on achète un objet Montessori sans s’intéresser à ce que c’est vraiment, on passe à côté des intérêts et c’est fort dommage 🙁 !

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