Bienveillance Acte II : je poursuis ma réflexion !

Vous avez répondu plutôt positivement à mon article précédent concernant le « débat » actuel autour de la bienveillance, et j’en suis à chaque fois ravie 😊 ! Vos commentaires m’ont permis de préciser ma pensée et m’ont beaucoup apporté ! Depuis, j’ai aussi lu 2 articles de blogueuses qui ont fait évolué mon point de vue à propos de l’éducation positive, comme quoi rien n’est figé et notre réflexion est tout le temps en mouvement (pour peu que l’on s’en donne la peine) !!

Je souhaite donc refaire un petit topo à propos de ce thème, et vous faire part de mon cheminement (eh oui, il s’agit donc d’un article très personnel et dans l’affect) :

– je reste droit dans mes bottes concernant la bienveillance, je considère que l’on devrait toutes et tous l’appliquer au quotidien, envers tout le monde, et surtout envers soi-même. Et je redis, car ça n’est jamais trop dit, qu’on fait comme on peut au quotidien, avec notre humanité. Je pense même qu’il est impossible d’être bienveillant en permanence. Et que la bienveillance envers soi-même, c’est d’accepter que l’on ne soit pas bienveillant tout le temps. Euh, tu me suis ?

– je n’ai fais qu’évoquer l’éducation positive car elle n’était pas le thème premier de mon article, et je ne me sens pas encore assez pointue sur le sujet pour en parler. Cependant, je considère que cette façon d’éduquer comporte des principes (qui sont souvent mécomprit ou détournés) et qu’ensuite, chacune et chacun mène son propre chemin en direction de ces principes. Il existe des astuces, des outils, qui peuvent aider mais il faut les utiliser en ayant conscience de ce que l’on veut atteindre. Or, comme le dit Maman Poule sur son blog Happynaiss, le soucis de l’effet « mode » est que certains parents appliquent des méthodes estampillées positives, sans en comprendre le but et les principes. Cela est fort dommage et, il faut le dire, participe à encrasser l’image de la parentalité positive. C’est un peu comme si Untel avait vent que c’est bien de trier ses déchets. Tout le monde en parle, l’écologie c’est chouette, toussa. Il lit qu’une super poubelle compartimentée venait de sortir, et ça aide bien dans le cadre du tri. Untel achète donc cette super poubelle… mais comme il ne s’est pas renseigné sur la base du tri, c’est-à-dire quoi mettre où, ben il jette ses déchets à sa sauce dans ses compartiments : son action est caduque. Untel se vente d’être un trieur de déchets grâce à sa poubelle (la forme) mais le but premier est occulté (le fond). Il se trouve que, dans l’immensité des gens proclamant l’éducation positive, pas mal brandissent les outils sans connaitre l’intérêt et l’objectif de ces outils. Exemple : On dit qu’il faut reconnaître les émotions des enfants. Il ne suffit pas de dire « Oh oui mon Poussin tu es en colère. » et espérer qu’il se mette à ranger sa chambre parce qu’on a mit le mot « colère » sur son état : quel est le but, concrètement, de verbaliser à son enfant que l’on reconnaît sa colère ? Si l’on dit ces phrases en mode automatique, on ne tirera rien de l’éducation positive. Alors, pourquoi une telle incompréhension ? Je pense que l’on peut pointer la faute à l’effet mode qui vulgarise et simplifie à outrance les concepts ; la faute aussi aux médias qui pondent des sujets sur l’éducation positive sans plancher réellement dessus ; la faute à certains « spécialistes » (ou pas) qui parlent de cela, parce qu’ils en ont entendu parler, sans se renseigner personnellement, et l’on se retrouve avec un « téléphone arabe » : à la fin, le propos est transformé, on ne comprend plus rien.

– cela me permet de souligner cet autre terme qui émerge, le concept de parentalité consciente. Je n’ai pas pris le temps de me renseigner à ce propos, car je viens de le découvrir, mais ma curiosité est vivement aiguisée : je ne vais donc pas vous en parler en détail ici et maintenant, mais je vais faire mes recherches et approfondir le sujet pour ma connaissance personnelle !
À la fois, j’aime ce terme car il est très parlant : il s’agit d’avoir conscience de ce que l’on fait, et dans quel but, dans ses choix éducatifs. Et donc, cela réfute l’idée d’utiliser les outils de parentalité positive sans en comprendre l’essence. Mais à la fois, je suis craintive quand à l’émergence de ce nouveau terme, et tout ce qui en découlera : appropriation abusive du terme, multiplication des articles et posts à ce propos, emballement général, déformation du propos, agacement face à cette nouvelle déferlante, sentiment de culpabilité… ? Même si la parentalité en conscience m’a l’air d’être fort riche et intéressante, j’aimerai, pour ma part, que l’on ré-ajuste la compréhension des gens sur le principe de l’éducation positive, plutôt que de laisser le concept dépérir et se faire autant transformer qu’un plat industriel prêt-à-l’emploi.

– Je parle de la bienveillance que « je pratique depuis presque 10 ans » , de façon peut être fort maladroite puisqu’on aurai l’impression que je la pratique entre une séance de yoga et un cours de musique. L’article de Picou m’a amenée à m’interroger sur l’aspect inné, ou acquis, de la bienveillance ? Est-ce qu’on la possède, ou est-ce qu’on la pratique ? Je crois qu’on a tous un fond bienveillant en nous, très visible chez les enfants d’ailleurs, qui sont des êtres bons par nature. Et que c’est à nous de la cultiver, malgré la vie et la société qui malmène énormément notre graine de bienveillance. Pour cela, il faut à mon avis :
avoir confiance en nous, nos capacités, nos atouts, notre instinct
connaitre nos failles, et savoir quelles situations les réveillent
– s’interroger, se remettre en question, mais savoir aussi répondre à l’affirmative à une remise en question « Oui, c’est bel et bien le bon chemin que je choisis ».
Super facile à dire ! Mais super dur à faire. Prendre confiance en soi et reconnaitre les situations qui résonnent en nous, ça ne se fait pas en 1 jour ! Cela demande une implication intense de nous-même, une énergie énorme, une conscience toujours en alerte quand à ce qui se passe à l’intérieur… et aussi un lâcher-prise que notre société control-freak ne nous autorise plus. Mais n’est ce pas un merveilleux cadeau que l’on s’offrirait à nous-même, et à nos enfants, que de nous connaître et d’avoir conscience de ce qui se passe en nous, de nos émotions ? En 10 ans de « pratique » de la bienveillance dans le cadre de mon travail, j’estime que j’ai encore du chemin à faire, même si ma confiance a grandit (grâce aussi à de magnifiques rencontres et des mains tendues) et je sais mieux « encaisser » les situations qui me perturbent, me touchent, m’agacent plus que de raison. Cependant, la bienveillance d’une infirmière envers un patient est un positionnement et une pratique différente, de la bienveillance d’une maman envers son enfant ! Je me sens à la fois forte de mon expérience, et fragile d’une situation si nouvelle et complètement déroutante !

– Je voulais transmettre cette magnifique définition de l’éducation, lue dans le cadre de mon travail en éducation thérapeutique du patient, et qui a beaucoup résonné dans mon coeur de maman : « l’éducation est le processus d’encouragement et d’accompagnement des personnes dans leur développement et leur perfectionnement, visant l’équilibre personnel, l’autonomie et l’adaptation à la vie sociale. Elle vise l’émancipation du sujet. »
Malheureusement, notre formatrice n’a pas cité sa source ! Je ne sais donc pas d’où vient cette définition, mais elle me parle tellement que j’avais envie de la partager avec vous ! [formation ETP Nantes / V. Sorriaux / IREPS]

Je vous donne en lien les 2 articles que j’évoque plus haut :
Ma « bienveillance » de Picou, où elle s’interroge sur la façon dont la voit ses lectrices (bienveillante, donc) , la réalité de cette vision, et son sentiment mitigé face à cette image de bienveillance, par rapport à comment est représentée la bienveillance aujourd’hui.
Pourquoi je ne pratique plus la parentalité positive, un titre très accrocheur que nous offre Happynaiss pour remettre en cause la marketisation de l’éducation positive, et son rejet personnel du phénomène de mode.

Et si vous voulez pousser la réflexion, je vous laisse mijoter avec un sujet que j’ai vu passer sur mon fil d’actu Facebook (car oui, j’utilise encore beaucoup Facebook, même si c’est estampillé has-been !) : Peut-on tolérer l’intolérable ?
Bon, ça n’a pas de rapport direct, mais ça aura le don de faire chauffer les méninges ! Personnellement, je ne me suis pas penchée sur le sujet, mais ça m’a l’air assez alambiqué d’y répondre …

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6 commentaires sur “Bienveillance Acte II : je poursuis ma réflexion !

  1. J’ai encore beaucoup aimé cet article !!!
    Je suis bien d’accord sur le fait qu’il me semble primordial d’être conscient et de comprendre ce qu’implique la « bienveillance » pour ne pas faire quelque chose juste par ce que c’est estampillé « éducation positive » ou autre. 🙂
    Je vais aller lire l’un des articles cités que je ne connaissais pas 🙂
    A bientôt !

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    1. oui, comme tu le dis, il faut comprendre ce que cela implique ! Ce n’est pas un ensemble de phrases à apprendre par coeur pour fabriquer un enfant docile, souriant et heureux ! D’être conscient, j’aime de plus en plus ce terme !

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  2. Bon, cette fois j’espère que mon commentaire passera, après mon pavé de l’autre fois qui a disparu! Déjà, je suis ravie de t’inspirer autant!!

    Bon, alors, pour reprendre (en gros) ce fameux commentaire disparu de l’autre fois : ce qui me gêne dans l’idée de « parentalité bienveillante » ou « positive » c’est – entre autres – le fait que ce soit toujours théorisé, selon l’étude de X ou la méthode de Y scientifiquement prouvé etc.

    Pour moi, on a pas besoin d’autant s’appuyer sur des références pseudo-scientifiques – ça sous-entend que seul ce courant est approprié, et que les autres façons de faire ne sont pas valables, car non étayés par des études.

    Alors que la parentalité doit pour moi plus être liée à un instinct, et surtout un gloubigoulga de nos valeurs, de nos choix, de notre environnement, du caractère de notre enfant, etc.

    Cette façon de toujours justifier par des références scientifiques met une pression de base, et ensuite, le traitement médiatique qui en est fait (parfois simplifié ou vidé de son sens comme tu le dis) enfonce le clou en mettant une vraie pression à la perfection – qui se doit d’être « bienveillante », forcément. Le concept finit par être une sorte d’argument marketing, une mode à suivre, et perd pour moi beaucoup en crédibilité.

    Bref, c’est un trop grand débat pour que je puisse résumer clairement mon avis ici, mais j’aime beaucoup mieux ce terme de « parentalité consciente » qui sous-entend que quelque soit la méthode qu’on suive, elle est réfléchie, et a pour objectif de chercher à faire au mieux pour ses enfants. On s’en fout de la méthode, s’il y en a même une (rien n’étant moins sûr!), l’idée c’est juste d’essayer, de vouloir bien faire en y réfléchissant.

    C’est le cas je crois de la plupart des parents, qu’ils se revendiquent « bienveillants » ou pas, mais au moins là, ça n’impose pas cette pression à la « bonne » marche à suivre.

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    1. ah oui tiens, on dirait bien que ce commentaire-ci apparait !

      C’est intéressant ce point de vue que tu apportes … Comme ça, d’instinct, je vois 2 raisons à vouloir mettre sur la table les études, enquêtes, résultats scientifiques (tu parles des neuro-sciences notamment ?) :
      – premièrement, parce qu’ils existent, et qu’ils apportent un soutien supplémentaire à la pratique. Mais comme tout résultat scientifique, attention à ce que l’on en fait.
      – deuxièmement, c’est une façon se « justifier » : parce qu’il faut dire que l’on est facilement moqué, découragé par les sceptiques, et mettre en avant les études scientifiques peut être une manière de se donner de la contenance ? Je pense qu’il s’agit, une fois de plus, de manque de confiance en soi, et que s’appuyer sur des études peut apporter de la confiance en ce que l’on fait.
      Il existe peut-être d’autres études à propos d’autres courants ? D’ailleurs, est-ce l’éducation positive qui est née après les première études scientifiques, ou bien les études faites pour confirmer/infirmer l’éducation positive ? Je ne m’y connait pas trop, car je ne me suis jamais intéressée en profondeur aux recherches scientifiques à ce sujet (mais ça m’interpelle, du coup !).

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  3. Merci pour ton article, je l’ai beaucoup aimé. L’éducation positive finalement on en entend parler mais en pratique les gens ne savent pas trop. Je me sens souvent seule dans cette « philosophie », ton article me fait du bien !

    Je vois que tu es aussi une maman nantaise, tu seras au salon du Baby le 24 novembre ?

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    1. Oui c’est complètement ça, les gens en entendent parler mais l’essence de cette philosophie, peu de gens la connaisse ou la saisisse !

      Ah je n’ai pas songé à aller à ce salon … je ne sis pas très au fait de l’actu de la ville en ce moment !

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