Comment je suis devenue maman

Eh non, je ne vais pas vous parler de la conception de Ty’Pêche ! Ma foi, il n’y a pas grand chose à en dire, nous en sommes restés à l’application très concrète de nos cours de 4ème, le Geek et moi !! Non, c’est de la conception de ma maternité dont je voulais vous parler. Comment elle est née et a grandit en moi. Comment je suis devenue mère.

C’est en lisant un témoignage absolument bouleversant, d’une maman qui a souffert de dépression post-partum et d’un lien d’attachement à son enfant très difficile à construire (cela a mit plus de 3 ans !) que j’ai pensé à mon cheminement personnel. On nous abreuve, à la TV, dans les séries, dans les émissions, de femmes qui pleurent d’amour lors de la naissance de ce petit être, et l’aime inconditionnellement au premier regard. De fait, lorsque cette vague d’amour ne nous inonde pas en salle de naissance, la culpabilité et la honte pointent évidemment le bout de leur nez. Mais où se trouve la vérité ? Devient-on vraiment mère au moment de l’expulsion ? (vous noterez la tentative de dédramatisation par les mots !).
Voilà ma toute petite pierre à l’édifice de déconstruction des mythes mielleux qui nous biaisent la réalité.

Ma grossesse
J’ai adoré être enceinte, je l’ai déjà dis et j’en conserve un merveilleux souvenir. Mais bien que l’état de « femme enceinte » me plaisait énormément, je ne savais trop que penser de ce petit être qui grandissait en moi durant ces 9 mois. J’avais beaucoup de peurs, et peur de mes peurs (tu suis ?) : ce bébé va-t-il effacer l’amour de Chéri pour moi ? Va-t-il prendre toute la place dans notre vie ? Et si je ne pleure pas lors de sa naissance, c’est grave ? Et puis, vais-je l’aimer ? Et si je ne l’aime pas … c’est possible, ça ?.
Notre accouchement
L’accouchement, je n’en ai pas parlé sur le blog car j’ai envie de conserver l’intimité et la douleur du moment, mais je vous ai déjà dis que j’avais vécu un dépassement de terme. Cette aventure a ébranlé mon rapport à mon bébé : j’en voulais beaucoup à Ty’Pêche de « ne pas vouloir naître » , je me disais qu’elle ne nous aimait visiblement pas, j’avais préparé dans ma tête un bel accouchement naturel et elle foutait tout en l’air (car déclenchement = perfusions et hormones de synthèse = médicalisation et surveillance rapprochée = la nature va te faire voir). Tout le long du travail, qui s’est éternisé, j’ai oscillé entre « Oh my god on va accueillir notre enfant! » et « Mais bon sang c’est quoi son problème à rester accrocher ainsi à mon utérus ? » (je vous communique la version polie). J’ai culpabilisé, d’être cette personne qui en veut à un enfant même pas né, d’être cette personne qui ne sait pas relativiser les blagounettes de Dame nature, d’être cette personne qui rejette sur son enfant un évènement qu’il ne maîtrise pas, d’être cette personne qui ose accuser son enfant de manque d’amour.

Au bout d’un bon paquet d’heures à morfler et ruminer, la délivrance (c’est LE terme) arriva et l’on posait une Ty’Pêche d’une incroyable douceur (si, si) sur ma poitrine. Je fus saisie dans l’instant : cette toute petite chose qui cherchait mon regard de ses yeux globuleux, était sous MA responsabilité, et elle est tellement fragile et faible que chaque lettre du mot RESPONSABILITÉ pèse une tonne. Ce n’est donc pas cette vague d’amour magnifique qui m’envahis, ce n’était pas de la peur non plus, je ne saurai trouver un mot en fait. Je voulais juste la conserver contre moi, la serrer fort parce que grâce à mes bras il ne lui arriverai rien..

accouchement natuuuuuure !!!

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Le séjour à la maternité
Je suis passée par tout les états durant ces 4 longs jours : béatitude, fatigue, stress, doutes, ras-le-bol, envie de rester, envie de rentrer. L’observation de ma puce dans son berceau me laissait sans voix : qu’elle était belle à dormir à poings fermés, que sa respiration était douce, que sa peau était craquante. Une vraie scène de cinéma ! L’allaitement se passait bien (j’étais bien renseignée et nous ne connûmes pas de difficultés, une chance). Les visites étaient filtrées par Chéri, qui était présent de 12h à 20h chaque jour. Bref, merveilleux n’est ce pas ? Je m’appliquais à respecter toutes les consignes des soignants, j’avais la volonté de rédiger dans ce joli carnet de suivi chaque geste accompli (mais en réalité je zappais tout le temps) et j’étais concentrée sur chaque conseil afin de réussir au mieux notre retour à domicile. Mais les choses se gâtèrent parce que ce foutu carnet n’était qu’à moitié rempli, il n’y avait pas les heures de tétées exactes ni le sein prit, je ne surveillais pas assez la température ni le nombre de couches, et Ty’Pêche ne prenait pas de poids. Le voyant « alerte » s’est activés dans mon cerveau, l’équipe soignante m’a fait paniqué et douté de ma capacité à prendre en charge ma fille (alors que, je le rappelle, mon principal sentiment était cette responsabilité qui m’incombait) et en plus, Ty’Pêche s’est subitement mise à dormir uniquement dans les bras et refuser le berceau (LOL, comme si c’était anormal !). J’ai passé une 3e nuit horrible à pleurer devant ma fille qui ne prenait pas ce foutu sein, la peur au ventre de me faire engueuler comme une gamine parce que j’ai pas bien fait, et l’envie irrépressible de dormir parce que bon sang c’est crevant une grossesse + un accouchement + un bébé !
Heureusement, mon Chéri d’amour a été notre sauveur : il m’a rassuré et redonné confiance, il soutenait mordicus qu’on était capable de s’ occuper de cet enfant sans leur cahier débile, d’ailleurs il remplit méthodiquement ce joli cahier de la manière dont il plairait aux sages-femmes (oh! ce beau rythme d’une tétée toutes les 3 heures avec alternance de sein, c’est merveilleux n’est ce pas ? …), il changea les couches avec brio et me motiva à sortir de la chambre (je me rendis alors compte que depuis 4 jours je pourrissais dans cette pièce de façon zombiesque !). Avec tout cela, j’avais été tellement infantilisée, je ne me sentais surement pas mère. J’avais envie de sauver ma peau et vivre notre vie à 3, cela signifiait donc quitter cet hôpital… Ce que nous fîmes enfin le lundi 🙂 !.

Le retour à la maison
C’était plus un soulagement qu’un flippe, ce retour. Enfin chez moi, ma maison, mon lit, mon canap, mon sol et mon plafond, enfin ! Il y avait « juste » un détail de 3 kilos qui changeait, mais sinon tout était pareil, non ? Dans l’après-midi de ce lundi, alors que Ty’Pêche s’était endormie avec son père, je décidais d’aller à la pharmacie, ce qui me permettrait de prendre l’air. Sur le chemin, j’étais joyeuse. Sur le retour, je me suis assise sur un des bancs qui accompagnent le sentier pédestre, et j’ai pleuré pendant 45 minutes. Je n’avais absolument pas envie d’y retourner. Mais enfin, que me prenait-il ? Ça ne tourne pas rond là-haut ? Ce bébé a plus que jamais besoin de moi, mes bras, mes seins, ma chaleur et mon amour. Mon quoi? Je réalisais que je m’étais appliquée à répondre aux besoins physiologiques de ma fille, mais ai-je pris le temps de lui donner de l’amour ? ce n’était pas écrit dans le petit cahier, qu’il fallait donner de l’amour… En ai-je seulement? Je ne savais pas … je cherchais désespérément en moi cet amour que je devais ressentir, mais je n’en trouvais pas. Je ne savais pas ce que je ressentais, ni même si je ressentais quelque chose pour cette enfant. J’étais comme anesthésiée du sentiment. Encore que, il me paraissait évident que je ressentais une vague d’amour pour mon mari, je l’aimais 10 fois plus, c’était bouleversant. Mais ma fille … je n’avais donc rien développé pour elle, rien réussis à construire en 9 mois, mon amour pour Chéri prenait toute la place, je n’avais pas ce fameux « amour qui ne se divise pas mais se multiplie » , ce fameux « coeur qui grandit » ? Avait-on déjà vu une mère aussi lamentable ?
Je me suis forcée à me lever, forcée à rentrer, forcée à ouvrir la porte de chez moi. Je les ai trouvés toujours allongés, l’une sur l’un, profondément endormis. C’était beau. C’était l’arbre qui masquait ma forêt de peur..

Semaines après semaines, notre nouveau quotidien
La vie à 3 s’est mise en place, avec son lot d’erreurs et de réajustements. Son lot de découvertes et d’émerveillements. Son lot de fatigue et d’incompréhensions. Son lot de cris et d’énervements. Nous avons grandit, tous les 3, côte à côte et ensemble puisque Chéri était en Congé parental total. J’avais en tête l’OR-GA-NI-SA-TION, c’était mon obsession : s’organiser sur les repas, les courses, le linge. C’était du concret, je savais faire, je maîtrisais. Puis y inclure mon retour au travail. Puis la garde de Ty’Pêche. A chaque nouvelle période, une bouffée de stress et un recadrement s’en suivait. Ma fille grandissait, avec la pêche et la curiosité qui la caractérise. Et, sans que je m’en aperçoive, la maternité grandissait timidement en moi. Mais nous n’en étions encore qu’au germe de quelque chose : parfois je tentais une introspection, et à la question « est ce que je l’aime inconditionnellement , » , j’avais encore du mal à répondre « oui » sans hésiter. J’avais toujours cette impression d’être dans l’automatisme « ben c’est ma fille alors je m’en occupe, quoi ». Ce n’était pas inconfortable, ce n’était pas invivable, mais je ne me satisfaisais pas vraiment de cette phrase qui manquait cruellement de sentiments, et d’amour.

Puis, le déclic.
Alors qu’elle quittait la toute petite enfance, et commençait à s’affirmer, je vint à m’interroger sur ce que je voulais pour Ty’Pêche. Comment l’éduquer, comment éduque-t-on un enfant ? Qu’est ce qu’éduquer, au fait ? Et, comme me le fit remarquer ma chef à cette période-là, je suis quelqu’un qui déteste exécuter sans savoir pourquoi. J’avais faim de connaissance, de théories, de trucs et d’astuces, de conseils, de voie à suivre. J’avais besoin de savoir où j’allais avec ma fille, et comment l’y emmener. De donner un sens à tout cela, moi qui n’avais jamais su répondre à la question « Pourquoi faire un enfant ? ». C’est en visionnant Isabelle Fillozat, en me renseignant sur l’éducation positive, que j’ai trouvé MA voie, NOTRE voie. Ses mots ont eu une répercussion énorme en moi, et j’ai continué à lire et m’abreuver à propos de la bienveillance éducative, la parentalité en conscience, l’accompagnement de l’enfant sans VAO (violence éducative ordinaire)… J’ai encore beaucoup à apprendre, bien évidement, mais ce chemin est un renouveau pour moi : il donne un sens à ma maternité. Enfin, je suis confiante en quelque chose ! Enfin, je me sens apte à apporter autre chose que de l’alimentaire et du matériel à ma fille ! Enfin, je trouve ma place de maman ! Enfin ! Ce fut libérateur, mon amour et ma maternité m’ont éclaté au visage. Ce n’est pas que je ne les avais pas développé, c’est que je ne m’étais pas autorisée à les reconnaitre. Alors, jour après jour je me surpris à penser à quel point j’aime ma petite fripouillonne. Peut-être même, quand j’y repense, que c’est à cette période là que ses couchers devinrent moins problématiques (j’en parlais ici et ).

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Et entendre ton rire qui lézarde les murs,
qui sait surtout guérir mes blessures …

Ces mots de Renaud sont percutants pour moi, parce qu’aujourd’hui je me dis qu’une journée n’est pas réussie si elle n’est pas ponctuée par le petit éclat de rire de Ty’Pêche. Et ce petit rire nous guérit, véritablement, de cette culpabilité, de ce manque que j’ai peut-être créé en elle, de ce défaut de maternité dont j’ai fait acte durant sa première année. Je plonge mon nez dans ses bouclettes naissantes et je m’abreuve de son odeur, je savoure les moments passés avec elle, à simplement ne rien faire autre que la regarder jouer et découvrir le monde. Je me délecte de son rire.

Alors, non, NON, on ne devient pas forcément maman au premier croisement de regard. Certaines le sont dès les premiers mouvements in utero. Pour d’autres, la naissance est un moment clé. Chez certaines la maternité éclate lorsqu’elles franchissent le seuil de leur porte à 3. Il faut parfois un instant T, qui provoque ce basculement vers l’amour maternel et charnel. Et certaines la voit plutôt fleurir jour après jour. Mais certaines femmes rament, dans ce monde rose bonbon, qui leur renvoie leur incapacité à être mère (vraiment ?). Le chemin vers la maternité est riche d’autant d’expériences qu’il y a de mères. Moi, c’était la découverte de l’éducation positive, ça peut sembler invraisemblable ou délirant, mais c’est mon parcours.

Aujourd’hui, je suis maman. Je me sens maman. Je me sens louve qui regarde sa progéniture au loin, prête à bondir et montrer les crocs au moindre danger. Je me sens forte d’être sûre de la voie que je choisie, et fragile de mon peu d’expérience. Je lis beaucoup (c’est vrai, je lis vraiment beaucoup à propos de la parentalité positive et Cie, d’aucuns diraient beaucoup trop) afin de savoir de quoi je parle et où je vais, et j’adapte ce chemin à ma personnalité, à mes possibilités, à mes limites personnelles, et à ma fille.
Je ne rejette pas le passé, car j’ai fais de mon mieux avec le peu d’outils et de ressources qui étaient à ma disposition. Je ne regarde pas trop loin vers l’avenir, il viendra bien assez vite. Je m’ancre le plus possible dans le moment présent, je regarde cette petite fille avancer dans la vie et me faire grandir avec elle. Elle prend toute la place dans mon coeur. J’essaie d’en garder un peu pour Chéri quand même … je connais enfin l’amour démultiplié 😉 .

5 commentaires sur “Comment je suis devenue maman

  1. Wah… Quel magnifique article !!!! Je suis tellement d’accord avec toi. L’attachement prend du temps ou parfois est immédiat, c’est comme ça. Chaque histoire est différente et ça peut être très culpabilisant pour certaines femmes quand elles ne le sentent pas à l’accouchement, à cette première rencontre… Grâce aux films notamment comme tu le dis !
    En tous cas, j’ai trouvé ton récit, ta propre histoire, racontée avec tellement d’amour. On te suis durant tout ce cheminement d’amour et… c’est beau à lire ! Comme tu le dis si bien, tu grandis avec elle, tu apprends à être mère avec elle, et au fond, je pense que c’est le cas de toutes les mères. Il n’y a, heureusement, pas un seul chemin tracé !
    Merci pour ce beau billet !

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  2. Quel beau témoignage… Je fais partie de ces femmes pour lesquelles la maternité est une évidence, j’ai adoré être enceinte, je l’aimais déjà plus que tout lorsqu’il grandissait en moi, j’ai pleuré quand il est né et qu’on me l’a posé sur la poitrine, je l’ai tout de suite infiniment aimé. Et puis, au passage, le peu de conseils qui ne me convenaient pas me sont complètement passés par dessus la tête à la maternité… Mais je sais pertinemment que ce n’est pas le cas de toutes les mamans et je trouve cela très important de le rappeler. Je trouve que les mamans pour lesquelles tout n’est pas forcément naturel ont encore plus de mérite que les femmes comme moi car finalement je n’ai eu aucun efforts à fournir.
    Je te souhaite une très belle continuation dans la maternité…

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  3. Je crois que c’est tout à fait normal de ne pas avoir l’amour immediat… On a cet amour absolu des mères, mais il faut quand même apprendre à connaître son enfant, et à sa naissance, la page est encore blanche, on ne sait pas qui il est, comment se lier à lui. Ca peut venir de suite, mais ça peut aussi prendre du temps, comme avec les gens dans la vie! En tout cas c’est super que tu aies trouvé un chemin qui t’aide à avancer, mon chemin était plus intérieur dans doute, ce qui m’a permis de me sentir assez immédiatement mère. Mais dans tous les cas, ce n’est pas une compétition à celle qui ira le plus vite à être en confiance… Le gagnant, c’est l’enfant!

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    1. Mon Dieu, j’espère qu’il n’y a pas de mamans qui le pensent comme une compétition!
      Chacune trouve les ressources, internes et/ou externes, pour développer et créer SA maternité, et l’on devrait pouvoir en parler librement sans se sentir jugée (enfin, comme tout 😁) !

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