[Dis-moi pourquoi] #3 … C’est quoi, au juste, la loi anti-VEO ?

La loi anti-VEO, pour Violences Éducatives Ordinaires, on nous en rabat les oreilles en ce mois de Novembre, et les médias s’en emparent de façon particulièrement catastrophique en nous gonflant avec leurs « loi anti-fessée » et leurs interprétations biaisées. Alors, NON, la proposition de loi qui sera présentée ce 29 Novembre à l’Assemblée, n’est PAS une loi « anti-fessée » : ce terme relayé par les journalistes, a presque pour but de discréditer aux yeux du public, une loi qui serai pourtant capitale pour le respect de nos enfants, et la reconnaissance juridique de ce respect.

Je vais séparer mon article en 2 parties : la première sera neutre, explicative et la plus claire possible afin d’expliquer en quoi consiste la fameuse proposition de loi anti-violences éducatives ordinaires. La 2e partie exposera mon point de vue, et sera donc forcément orientée 😉 .

Que désigne le sigle « VEO » ?
Ce n’est pas facile de trouver une définition neutre de la VEO… Le site « OVEO » qui lutte contre les violences éducatives, la décrit comme telle : « La violence éducative ordinaire combine violence, donc utilisation d’une force (physique et/ou mentale) dans le but de « neutraliser » l’autre ; éducative, donc en faisant passer cette action pour quelque chose d’éducatif, donc à forte connotation de « bon ou bien » ; et ordinaire, donc cette action est tellement commune, acceptée et utilisée par quasi tout le monde que personne ne la voit comme telle et ne la remet en question. » . Il s’agit donc, de faire preuve de force pour exercer un pouvoir sur l’enfant, dans un but éducatif (souvent répressif), et appliqué régulièrement ou validé en communauté. On est donc loin de l’unique et ô combien terrible fessée. On parle de tapes, de coups, de brimades, de moqueries, de minimisation (« ce n’est rien, tu n’as pas mal » « c’est pas grave, ce n’est qu’un jouet cassé ») ; mais on parle aussi, je tiens à l’inclure personnellement, de laxisme et de laisser-faire (j’en parlerai plus bas).


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Pourquoi une loi contre les VEO ?
Cette loi, portée par la députée MoDem M.Petit, et soutenue au sein du gouvernement par M.Shiappa, serai inscrite au Code Civil, qui a pour but d’arbitrer les conflits entre particuliers, et ne règle le problème que par des amendes, une obligation d’acte et des rappels à la loi (contrairement au Code Pénal, qui a pour but de punir des comportements graves et nuisibles, et se solde par des dommages et intérêts et des peines d’emprisonnements). Il n’y aura donc pas de sanctions prévues à l’encontre des parents : Non, on ne va pas emprisonner une maman pour cette gifle administrée, ou ce papa qui a osé crier sur sa fille.
L’objectif de la loi est d’une, d’amener une prise de conscience collective à propos des violences dites éducatives, et de deux, d’abroger le « droit de correction » qui est actuellement en vigueur en France, depuis 1804, autorisant l’autorité parentale (ou autre autorité : médicale, scolaire…) à user de châtiments corporel sur l’enfant. Cette loi serai accompagnée d’une politique de sensibilisation à la bienveillance éducative, de soutien et d’accompagnement à la parentalité : eh oui, parce que c’est bien beau de dénoncer une méthode éducative ancestrale, mais il faut également accompagner les parents vers « autre chose » et ne pas les laisser plantés, bras ballants et mains vides.

Mon point de vue personnel
Évidemment, je suis pour cette loi, bien que je suis triste qu’il soit nécessaire, en 2018, d’écrire noir sur blanc qu’on n’exerce pas de violence sur un enfant. Mais j’ai envie de nuancer tout cela, car dans ce gros fourre-tout qu’ont créé les médias avec leur « loi anti-fessée », on voit un énervement général et on perd, une fois de plus, l’essence du concept (comme avec la bienveillance, j’en parlais ici et ). Je vous le dit, messieurs-dames : faites très attention aux médias, ils vous manipulent (oups, on entre dans le complotisme là !!!) bon, je reformule : ils manipulent les informations à leur sauce, dans le but de faire du buzz, et ils font facilement l’impasse sont des éléments essentiels mais bien moins « spectaculaires » pour leurs articles … et l’on se retrouve à lire et entendre des demis-infos, ou carrément des choses fausses.


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Pour moi, et pour la loi d’ailleurs, il faut séparer « violences éducatives ordinaires » de « maltraitances ». La maltraitance sur mineur est un cas Pénal et répréhensible de 5 à 20 ans de prison selon la gravité des conséquences, et plusieurs milliers d’€. La non-dénonciation de maltraitance est également punissable de 3 ans de prison pour le témoin peu loquace. Est considéré comme maltraitance, selon la définition de l’OMS : « L’abus ou la maltraitance à enfant consiste dans toutes les formes de mauvais traitement physique, émotionnel ou sexuel, la négligence ou le traitement négligent, ou les formes d’exploitation, dont commerciales, résultant en un mal effectif ou potentiel à la santé de l’enfant, à sa survie, à son développement ou sa dignité dans le contexte d’une relation de responsabilité, confiance ou pouvoir ». En résumé, toute action entraînant des conséquences graves, voire irrémédiables, sur le développement moteur, physique et psychique de l’enfant.

Ensuite, je lis beaucoup de parents qui dénonce la vague de culpabilisation qu’entraîne cette loi : alors si on se surprend à crier sur son enfant, on est un parent maltraitant ? Mais on ne peut donc plus rien dire ni faire ?
De mon point de vue, dans VEO il y a certes violence, mais aussi « éducative » et « ordinaire ». Un parent qui, par fatigue, désespoir et ras-le-bol, craque et crie ou tape son enfant, n’est pas forcément sous le joug des VEO : si ce parent est en mesure de se rendre compte que son action n’est pas éducative , et qu’il ne la considère pas comme normale, alors il s’agit «  »juste » » d’une violence, certes, mais isolée. Le parent doit pouvoir faire le point sur son action, et s’excuser auprès de son enfant sur la raison qui nous a poussé à en venir là. Et de faire verbaliser à l’enfant ce qu’il a ressentit, en comparaison à ce que LUI a ressentit aussi. A mon avis, c’est dans le cas où cette situation se répète beaucoup qu’il faut s’interpeller sur la glissade vers la VEO, et surtout ne pas hésiter à rechercher de l’aide.

Car il s’agit bien là du fond du problème : nous avons été éduqués avec fessées, gifles, injonctions, mises au coins, cris, phrases perverses « Ce que tu es maladroit/mauvais en math/pénible/difficile/gros… » . Quel effort immense nous faut-il, pour se désolidariser de cette éducation et en rechercher une autre ! Et vers qui se tourner en cas de difficultés ? On trouve tout un tas de bouquins et conférences sur l’éducation positive et bienveillante, la parentalité en conscience, ça fait rêver c’est certain … mais en pratique, quand on fait « tout comme Fillozat l’a dit » et que notre enfant ne répond pas mécaniquement de la manière dont on le souhaiterai, le mur est très proche de nous et le souvenir éducatif de l’enfance revient au galop… J’espère vraiment que cette loi, en partant du principe qu’elle sera approuvée, sera accompagnée d’une vrai démarche d’information et d’aide aux parents.
Je vous parle de ça, en m’inspirant de mots de mes collègues, copinautes ou lues sous des commentaires … car pour ma part avec une Ty’Pêche de 16 mois, je ne me suis pas encore beaucoup confrontée aux difficultés éducatives pour le moment. J’appréhende un peu, je dois l’avouer. Je connais pleins de choses, j’en ai « plein la tête », mais comment cela se passera-t-il en réalité ? …


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L’absence de violences induit-elle forcément un laxisme ?
C’est l’argument principal des contre-anti-VEO (c’est chelou comme mot !). Eh bien, non : reprenons, comme j’aime le faire, la définition de laxisme « tendance excessive à la conciliation et à la tolérance« . C’est subtile, mais LE mot qui change tout, c’est « excessif« . Oui, l’éducation positive prône la tolérance, la compréhension, l’écoute empathique et la conciliation. MAIS n’oublions pas que nous vivons en Société, qui comporte ses propres règles ; que pour des raisons d’hygiène et de sécurité, il y a des obligations et des interdictions nécessaires ; et enfin que chacun de nous possédons des valeurs qui nous entraînent inconsciemment, à accepter ou pas un certain nombre de choses.
Exemples :
– on ne tue pas. C’est une règle de la Société, le meurtre est interdit, quand bien même il nous traverse fugacement l’esprit.
– on ne peut pas se nourrir exclusivement d’oursons en guimauve. Ça serait pourtant chouette, mais pour notre santé, c’est impossible.
– on ne monte pas en chaussures sur le canapé. C’est une valeur personnelle, ce canapé a fait pleuré mon banquier, aucune semelle crado ne sera tolérée dessus.
Nous devons donc tous obéir à un certain nombre de règles, qui nous permet de vivre de façon adaptée en société : et en tant que parent, nous devons veiller à ce que notre enfant devienne un adulte adapté à cette société (hors pathologies psychiatriques, bien entendu). La permissivité, comportement qui laisse faire l’enfant sans lui opposer interdictions et consignes, est donc une violence dans le sens où elle ne lui permet pas de se préparer à la vie sociale. Donc, compréhension et écoute, oui, mais avec des règles et des consignes qui structurent la vie et le quotidien !
De fait, en cas de transgression des règles, on se retrouve confrontés au VEO …est-il donc possible d’éduquer un enfant, sans être violent, et sans être laxiste ? La réponse est Oui, il existe des pistes, mais je n’ai pas assez d’expérience pour vous en parler en détail : je préfère vous rediriger vers cette mini interview d’Isabelle Fillozat (bon sang, encore elle !) à propos des limites et des interdits. A noter que la piste numéro une, est de se demander si la totalité des règles que nous avons en tête, est si importante que cela ? Car évidement, moins de règles = moins de prise de tête ! Un exemple : Ty’Pêche ne manque pas d’attraper, si elle traîne, la télécommande de la TV ou celle du lecteur de Blue-Ray … J’ai parfois envie de m’agacer « Non, pose cette télécommande ! » mais dans le fond : 1/ je n’avais qu’à pas la laisser à traîner, elle ne serai pas tentée d’y toucher ; et 2/ est-ce si grave qu’elle y touche ? Ça l’amuse d’appuyer sur tous les boutons jusqu’à ce que par magie (hum…) la TV ne s’allume, ça la fait rire et ensuite ? Ce n’est pas si grave. Poser des règles pour le seul principe d’en poser, est une attitude excessive au vue du nombre de règles que nous nous devons déjà de suivre au quotidien. Lâchons prise 🙂 !

En conclusion, eh bien nous verrons ce qui se passe à l’Assemblée aujourd’hui … et j’espère que nos chers députés feront le choix, que je considère, être le bon pour l’avenir et la reconnaissance de nos enfants, mais aussi pour nous aider dans la parentalité !

5 commentaires sur “[Dis-moi pourquoi] #3 … C’est quoi, au juste, la loi anti-VEO ?

    1. Aaaaawh merci 😍
      J’ai toujours la crainte de mal me faire comprendre et froisser par maladresse. Ça me fait super plaisir ton retour !
      Je voulais vraiment qq chose de factuel, pour recentrer le débat sur la réalité de cette loi.

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  1. SUPERBE article ! J’aime beaucoup la manière dont tu avances tes idées et dont tu présentes ce débat ! Il est vrai qu’on entend de tout de la part des médias et des raccourcis sont vite faits…
    Bravo, bravo ! Vraiment !

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  2. Je trouve ça bien qu’on reconnaisse enfin les VEO en France, même si cela doit faire l’objet d’une loi, c’est peut-être une étape essentielle, car oui, il y a beaucoup trop de parents violents en France aujourd’hui.
    Après je ne pense pas que c’est la loi en elle même qui va changer les choses, du moins pas à court terme ; il faudrait un accompagnement des parents, tout le monde n’a pas les clés pour se sortir de ces veo alors j’attends de voir la suite… 🙂
    C’est super d’avoir aborder le sujet en tout cas !
    Bises
    Jessica

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