Ma bienveillance à l’épreuve des réveils nocturnes

On a bien parlé, partagé, proposé, découvert à propos de la bienveillance… C’est bien beau la théorie, mais qu’est ce que ça donne, en pratique ?

Quand j’ai commencé à réfléchir à ce genre d’article de concrétisation de la bienveillance dans notre quotidien avec Ty’Pêche, les réveils nocturnes sont la situation qui m’a le plus parlé… de par leur évidente difficulté !

À l’heure où je commence cet article, il est 6h40 et je m’apprête à partir au travail avec seulement 2 heures 40 de sommeil dans les jambes … autant vous mettre dans le bain tout de suite ! En effet, cette nuit, comme plusieurs fois par le passé, Ty’Pêche est restée éveillée de minuit à 3heures et quelques … De quoi mettre à rude épreuve la jolie bienveillance que j’aime tant…

***

Des réveils nocturnes, on en a souvent, je n’en fais presque plus cas. Lorsque Ty’Pêche m’appelle aux alentours de minuit, je me lève sans trop broncher, me maudissant d’avoir une fois de plus traîné à me coucher alors que mon réveil sonnera à 6heures tapantes. Je pourrai sevrer ma fille des tétées de nuit, à son âge elle peut s’en passer, mais je n’en ai pas l’envie. Alors je n’oppose pas résistance lorsqu’elle tire mon t-shirt pour me signifier qu’elle souhaite se poser au sein. Ça fonctionne très bien pour la renvoyer chez Morphée.

Seulement … pas cette nuit-là. Si la tétée nocturne dure, je deviens inconfortable : assise sur une chaise au coin de la chambre, mon corps me fait savoir qu’il n’apprécie guère cette incartade. Mais je vois bien que Ty’Pêche ne sombre pas. Elle tète frénétiquement. Forcément, je finis par m’impatienter. Lui proposer l’autre sein, la changer de position, la bercer en même temps, marcher … rien ne fonctionne, et mes yeux se ferment…. mais pas les siens. Grrr…

Je tente alors de la poser dans son lit, lui chuchotant qu’il est encore l’heure de dormir, qu’il faut qu’elle lâche prise et se laisse bercer par le sommeil. Elle ne bronche pas, mais j’ai à peine recouvert mon corps de ma douce couette qu’elle se réveille en pleurant … Flûte (version polie).

Je retourne voir Ty’Pêche pas moins de 3 fois, et surtout toujours plus brusquement. Je le sens, je deviens rude, je lui parle désormais à voix haute, je fronce les sourcils même si nous sommes dans le noir, je lui dis qu’il faut qu’elle cesse de lutter et qu’elle dorme, point. Je ne manque pas de lui expliquer que moi aussi, j’ai besoin de dormir, surtout que je me lève tôt pour travailler, et que j’ai besoin de repos pour travailler correctement. Et que toutes ces nuits entrecoupées finissent par me peser.

Que nenni.
Alors je réalise que je n’ai pas effectué les vérifications de base : température, couche, nez. C’est partit pour un lavage de nez sous les pleurs ; un changement de couche qui était, ma foi, pleine à craquer ; un combat pour une prise de température que s’avère tout à fait normale. Bon, ça y est, Ty’Pêche semble apaisée et s’endort de nouveau. Mais qu’étais-je bête, enfin ! Pourquoi ne pas l’avoir fait plus tôt ! Zhou, au lit …

… Pleurs. Pleurs, pleurs, pleurs. Grrrrr…
Je sens bouillir en moi une grosse colère, je sens que je ne vais pas être agréable du tout si j’y vais, je sens Chéri se lever en râlant. Ouf. Sauf que j’entends bien que ça ne se passe pas bien dans la chambre d’à-côté. Ty’Pêche s’agite et pleure encore. Chéri lui redit qu’il suffit… lui propose, dans le doute, une dose de doliprane. Et après de longues minutes, le calme semble revenir … Ainsi que mon homme dans notre lit.

Et les pleurs reviennent en trombe. Nous résistons, restons sous la couette, jouons aux sourds mais … Ty’Pêche pleure de plus en plus fort. Je me lève violemment, Chéri exprime son mécontentement avec des mots à brûler les chastes oreilles. En ouvrant sa porte, je la découvre en sanglots,  debout, et retrouve des miettes de bienveillance qui me permettent de la prendre délicatement et lui faire un joli câlin… Je l’emmène avec nous dans le lit (habituellement, le cododo ne marche pas avec notre fille, elle s’agite et aucun de nous 3 ne dormons). Alors que je la crois rendormie, elle s’agite comme à son habitude, donne des coups de pieds dans le dos de son père, et gémit en me griffant. Je tente de résister, mais ce n’est pas le cas de mon homme qui saute du lit en criant presque. Ty’Pêche reprend ses pleurs de plus belle …

Mais. Bon. Sang.
C’est quoi ton problème ? C’est la nuit, et la nuit, ON DOOOOOORT  bordel de nouille à cul !
J’ai envie, à la fois : de secouer ma fille dans tous les sens ; de la frapper ; de la jeter contre le mur ; de lui hurler dessus ; de me barrer de cette maison et dormir n’importe où ailleurs. A la place, je récite méthodiquement le nom de tous les somnifères que je connais et que je rêverai de lui donner… afin de me calmer. Chéri prend Ty’Pêche dans ses bras, la remmène dans son lit, lui dit violemment qu’on en a marre de l’entendre et qu’on ne reviendra pas avant demain matin. Puis il va dormir dans le salon. Ty’Pêche pleure tellement, les sanglots l’étrangle presque, et pourtant aucun de nous n’irons la voir. Parce qu’on n’en peut plus. Parce qu’on est à bout. Parce qu’il est 3h du matin, que c’est loin d’être la première nuit de java, et qu’on a peur d’être brusque si on se rapproche d’elle une fois de plus. Cette nuit-là, à ce point-là, notre bienveillance, c’était d’éloigner notre fille de nos réactions potentiellement violentes.

Je ferme mes écoutilles le plus fort possible . Puis soudainement, je n’entends plus rien dans la maison. Ty’Pêche s’en endormie. Et elle ne se réveillera pas avant le petit matin. Je regarde l’horloge : 3h20. Mon réveil sonne à 6h00. Je soupire. Je n’ai pas envie d’être à demain matin.

***

Écrivant et relisant ce récit, je le trouve parfaitement horrible. On a laissé notre fille pleurer à n’en plus pouvoir. Mais nous étions dans une impasse, on ne savait que faire de plus pour elle, on n’a pas trouvé de ressources à ce moment-là, on a pensé à nos vies d’adultes qui ont une profession et des responsabilités à assumer le lendemain matin, notre fatigue nous a envahis, notre instinct primaire de défense contre l’indésirable a reprit le dessus.
Le lendemain, notre fille était tout sourire bien qu’un peu cernée. Elle n’a pas plus dormit à la sieste. Sa journée s’est déroulée comme habituellement à la crèche, et elle était ravie de nous retrouver le soir. Bref, pas de traumatisme ou de désamour apparent.

Et pourtant, je reste bloquée sur notre incapacité à gérer les réveils nocturnes. Cette nuit-là, on a laissé pleuré notre fille, cette ignominie dont je n’étais jusqu’à présent pas capable, j’y ai cédé. Je culpabilise, mais pas que : j’estime que je fais vraiment mon maximum, et je suis déçue, blessée, découragée, que mon maximum ne soit encore pas assez. Il n’y a pas que de la culpabilité, il y a surtout du désarroi : que se passe-t-il, la nuit, lorsque nous avons tout donné, et que « tout » n’est pas suffisant ? Est-ce que l’on pourrai donner encore plus ? Qui peut nous aider ? Est-ce que l’on passe à côté de quelque chose, qui serai la clé ? Vivement que Ty’Pêche sache s’exprimer …
En attendant, on continue d’assurer l’intérim de nuit, de rassurer, cajoler, faire téter, bercer, chantonner, bisouiller, et râler. Ma bienveillance est vraiment durement attaquée la nuit, elle résiste tant bien que mal, mais parfois elle lâche les armes. Je m’accroche à l’idée que tout passe, que ma présence est bien sûr bénéfique, et qu’un jour bénit elle n’en aura plus tant besoin.

Et vous, avez-vous connu la galère nocturne ? Comment avez-vous géré ?
Je suis preneuse des astuces en tout genre, si vous en avez ! Et si non … on s’échange des tonnes de soutien !

13 commentaires sur “Ma bienveillance à l’épreuve des réveils nocturnes

  1. Oh là là, les nuits quelle galère…!
    Je me retrouve en tous points dans ton récit pour mes deux premières Cocottes, surtout la première, il y a eu des nuits où j’ai pleuré de la laisser pleurer… j’ai sevré ma deuz à 1an, à cause de ces fameuses tétées nocturnes qui m’empêchaient de dormir sans ses 9kg sur moi, je ne pouvais la décoller de moi sans la réveiller. Une semaine difficile avec le relais du papa et ça a été fini.

    Pour ma troiz, j’ai envie de vraiment faire comme mon coeur (mon instinct maternel ?) me dit, et au premier réveil elle atterrit dans mon lit. Elle tète et se rendort en général direct. Quand elle se réveille en pleine forme à 5h du matin, je la « force » à téter, je sais qu’il n’y a que ça qui la rendormira et moi aussi. Quitte à migrer dans le canapé pour laisser tout le monde dormir le temps qu’elle discute et s’agite (le moins longtemps possible q vite la remettre au sein) et même si je dois finir ma nuit dans ce canapé avec elle sur moi. Je respire doucement, je ralentis mon rythme, elle tète. Il n’y a que ça qui marche ici, vraiment. J’appréhende le sevrage, mais c’est aussi pour ça que ce n’est pas à l’ordre du jour. Et je trouve beaucoup de soutien dans des groupes du réseau social, tant dans les théories sur le cododo, etc, que dans les échanges -tous dans la même galère !- et le soutien. C’est nouveau pour moi mais aujourd’hui je ne sais pas comment se passeraient les nuits sans mon groupe fb favori.
    Bon courage à toi, à vous, et plein de soutien pour les prochaines nuits !

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    1. Mercibde ton soutien ! ON se soutien, d’ailleurs ! Je pense en effet, que trouver une ressource extérieure (le groupe fb) rien que pour vider son sac et se soutenir, c’est salvateur !
      J’ai espoir qu’elle réussisse à se sevrer seule…. tu y crois ? On verra bien !
      Courage pour toutes les nuits à venir 😚

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  2. J’imagine à quel point cette situation a du être difficile pour vous… Quand on a tout essayé et qu’on ne comprend pas, je crois que c’est le pire et que c’est vraiment là que notre bienveillance est mise à rude épreuve ! Malheureusement on ne peut pas être parfaits. On est tous humains et on a tous nos limites. La nuit, les pleurs sans explication à nos yeux, incessants nous poussent dans nos retranchements… Je comprends les sentiments qui t’habitent aujourd’hui et toute la remise en question que tu dynamises ! Mais au final, je crois bien que la clé est de se dire : la bienveillance est un chemin et non une fin en soi. La prochaine fois ça se passera mieux. Tu analyseras différemment. Tu feras à nouveau de ton mieux. Ca fait partie du chemin ! On grandit tous ensemble ! Mais ça n’empêche que je comprends ton sentiment de culpabilité et que je te soutiens par la pensée ❤

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  3. C’est rassurant et à la fois triste car je suis moi même passée par la certaines nuits à en devenir « méchante » avec mon fils en restant à coté de lui mais en l’ignorant un peu pour lui faire comprendre que moi je dors tant pis si lui en a décidé autrement ou une nuit où j’ai tapé contre sa porte car j’avais besoin de faire sortir ma colère après un énième réveil en pleure.. on oublie pas mais c’est sur que chaque « échec » nous apprend et que la prochaine fois on se rappelle et on essaie de faire différemment justement parce qu’après des nuits comme ça on le vit mal..
    On parle très peu de ce genre de chose je trouve, souvent on parle des nuits difficiles, du bébé, mais peu de nos réactions et de nos « mauvaises  » réactions.. comme si on pouvait tout supporter en tant que parents… les réveils chaque nuits, les pleurs incessants et incompréhensibles.. mais en faite bienveillance ou pas on est juste humain et on a nos limites et au bout d’un moment quand on en peu plus il vaut mieux laisser pleurer que d’en venir à des gestes pires..
    Nous avec notre fils qui a 16 mois, les réveils sont aussi réguliers et dure en moyenne 2h.. mais il a un matelas au sol et on en a mis un autre juste à coté et ces nuits là l’un de nous se pose à coté avec un couette et chaque fois qu’il pleure un peu on le caresse pour le calmer ou on le prend un peu contre nous sur le matelas puis dès qu’il se rendort ou si on sent qu’il s’est apaisé on le laisse et on repart le plus délicatement possible de la chambre.. bon courage !!

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  4. Alors si je peux me permettre, il y a laisser pleurer et laisser pleurer hein. Je m’entends, il y a le laisser pleurer du, ça lui fera les poumons, faut qu’elle/il comprenne qui commande à la maison. Qui pour moi est totalement contre productif. Et le laisser pleurer parce-que-je-suis-bout et que je n’ai pas d’autre relais possible pour le moment. Bine sûr c’est pas l’idéal, mais on fait bien comme on peut et je défis quiconque me dire que jamais de la vie il n’a laissé pleurer son enfant à un moment ou a un autre.
    Alors bien sûr, la solution serait de te coucher plus tôt pour au moins emmagasiner un peu de sommeil. Mais je sais trop bien que le soir, parfois, on a bien besoin d’un petit temps de calme pour soi.
    Sinon, ce qui peut être assez ressourçant, c’est la méditation, la pleine conscience.
    Courage à toi

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    1. Merci de ton petit mot réconfortant!
      Justement je faisais du yoga jusqu’à présent, et cette année avec nos changements de vies, j’ai bien du mal à y aller régulièrement… ça doit sûrement m’être délétère.
      Tu as raison, je n’ai pas laissé pleurer par force ou par autoritarisme, mais par dépit, et je m’en suis excusée auprès d’elle d’ailleurs (je ne le précise même pas dans l’article).
      En effet le soir, c’est un dilemme entre dormir ou prendre du pour soi …

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  5. Je ressens ta peine et j’ai envie de te dire de ne pas, surtout pas, culpabiliser ! Vous avez fait au mieux avec les ressources dont vous disposiez à ce moment là… Je ne connais ce type d’épuisement que lorsque mon fils est malade puisque sinon il dort (avec nous) mais dans ces moments là j’ai parfois tendance à craquer, même si je sais qu’il est malade ! La bienveillance ce n’est pas qu’une méthode éducative, c’est un mode de vie et tu dois aussi te l’appliquer à toi même ! Je te souhaite plein de courage.

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    1. Merci beaucoup de tes douces paroles !
      J’ai commencé à rédiger cet article il y a presque 1 mois, et depuis, les choses changent (rien n’est fixe avec bébé, il me semble que c’est toi même qui en a écrit un article ? ) … au gré de mes errements, tentatives de sevrage de nuit, multiples réveils, il se trouve que ma fille se complait dans le cododo ces derniers temps ! Alors nous nous en saisissons avidement !

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      1. Tu as raison c’est bien moi 😉 je suis contente que ça aille mieux et le cododo peut souvent s’avérer salvateur ! Sinon il y a une technique qui fonctionnait pas mal chez nous, on laissait pleuré bébé dans nos bras en le serrant contre nous, parfois ça durait longtemps, on lui murmurait des paroles réconfortantes et après il était apaisé et s’endormait !

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