Ma première nuit sans toi

Tu as 16 mois et 12 jours, et pour la première fois depuis ta naissance, je dirai même, depuis ta conception, nous allons passer une nuit loin l’une de l’autre. Cela fait approximativement 780 jours que nous dormons à proximité, et je m’apprête à briser cette longue série. C’est de mon initiative, pour nous permettre de profiter de cette soirée de fête à la maison, et pour faire plaisir à ton Papa aussi, que j’ai proposé cela la semaine dernière. J’espérais secrètement que personne ne puisse se rendre disponible pour te garder chez nous. Manque de bol, ta Mamie a accepté avec joie. Flûte, zut et screugneugneu (traduisez : ET ME*DE ! PUT*IN ! Pas le choix maintenant…).

Samedi, 16h00.
Tu dors encore à poings fermés, alors que je boucle ton petit sac. C’est une sieste exceptionnellement longue que tu nous fais là. J’espère avoir tout prévu (8 couches pour une nuit et une matinée, c’est assez ?). Je t’imagine, ma petite puce, ce soir, où Mamie t’allongera dans son lit pliant, et tu te rendra compte que ce ne seront ni mon odeur, ni celle de Papa, qui accompagneront ton endormissement. J’ai un doute : comment vas-tu faire ? Réussiras-tu à surmonter cela ? Et si tu ne t’endormais pas du tout ? Ce n’est pas comme si tu n’avais aucun « problème » de sommeil … Et cette nuit, lors d’un de tes habituels réveils, accepteras-tu que des bras inconnus te bercent ?
Et moi, vais-je tenir le coup ? Vais-je réellement bien dormir, bien que tu ne seras pas là pour m’arracher à mon sommeil de tes pleurs nocturnes ? Je ne t’ai pas encore déposée, que je suis déjà pressée de te retrouver demain midi …

Samedi, 19h46
Nous revenons de chez ta Mamie. Tu as eu du mal à me lâcher. Tu sentais peut-être mon appréhension ? Et puis, tu ne connais pas très bien cette maison, et l’on ne voit pas souvent (pas assez) Mamie. Mon radar a repéré beaucoup de choses qui me plaisaient moyennement chez elle, du rangement à l’état du sol, en passant par son écoute furtive lorsque je l’abreuvais d’informations. Probablement qu’une maison rutilante et vierge ne m’aurai de toute manière pas plu … Et puis, visiblement, 3 enfants ont survécus sous la coupe de ta grand-mère, alors tu devrai t’en sortir toi aussi ! Ton Papa a répété qu’en cas de pépin, de pleurs inconsolables, nos portables étaient en permanence sur nous et nous étions prêts à sauter dans la voiture pour revenir te chercher.
Je t’ai montré ta chambre, j’ai fais un gros bisou à ton doudou, on t’a présenté quelques jeux, puis fut l’heure de se dire au revoir. J’ai essayé de remplir ton réservoir d’amour à ras-bord. Tu as pleuré sur mon « Au revoir », et la porte s’est fermée sur nous … et j’ai pleuré à mon tour. Mon bébée. Ma toute-petite fille. Je te laisse… quelle horreur. Ton Papa est très peiné par ma peine, il me dira. Lui est soucieux de comment vont se dérouler les choses, mais se projette aussi dans la soirée qui s’annonce. Moi, je n’y arrive pas. Je n’ai presque plus envie d’y assister, à cette soirée.

Samedi, 20h45
Les invités tardent à arriver, et j’ai largement le temps de ressasser.
Ce matin lorsque j’ai râlé parce que étalais mes pinces à linges partout pour la Xème fois. Au fond, ce n’était pourtant pas grave du tout.
A midi, j’ai repoussé ta chaise parce que tu avais encore jeté tes couverts au sol. Ça m’exaspère, certes, mais ta mine déconfite me revient comme un coup de poignard. Qu’as tu pensé à ce moment-là ?
A 13h, tu as pleuré lorsque je t’ai posée dans ton lit. Tu as prononcé « manman » en me regardant avec tes petits yeux pleins de larmes. Je suis restée te cajoler jusqu’à ce que tu sombre. J’ai le coeur serré en t’imaginant dans le même état dans quelques minutes.
En fin d’aprem, tu m’as décroché un superbe sourire lorsque tu m’as vue au réveil. Pur bonheur.
Tu t’es régalée de la crêpe qu’a fait Papa : ton visage barbouillé de choco-noisette, ton air radieux, je les ai photographiés comme un trophée du quotidien.

Et qu’as tu pensé lorsque je t’ai tourné le dos pour franchir cette porte et ne pas me retourner ? Ce soir, ta chambre est vide et mon coeur aussi.

Dimanche, 2h07
Beaucoup d’invités sont déjà partis, il reste un petit groupe d’irréductibles. Je pense à toi ma jolie, 2 heures est souvent l’heure d’un réveil perturbé. J’ai régulièrement imaginé tes petits yeux fermés dans cette chambre inconnue, et pensé à la douceur de ta peau et le petit souffle sucré de ta respiration, lorsque tu dors, la tête calée contre un coin de ton lit, tes petites jambes repliées sous toi.

Dimanche, 10h10
Je me réveille avec douceur. Mes seins me tiraillent : aucune tétée depuis autant d’heures, ils n’ont pas l’habitude. Ton Papa sommeille encore. Je me lève, observe le timide soleil de ce mois de Décembre. J’ai hâte de prendre mon café chaud, et surtout hâte de te retrouver. Je me sens reposée, j’en suis satisfaite. Et nous n’avons pas eu de nouvelles de ta Mamie, c’est un bon signe aussi.

Dimanche, 11h30
Ton petit cri de joie à la vue de ton Papa est un vrai délice pour mes oreilles ! Tu es heureuse de nous retrouver, tu nous abreuves de câlins, ne quittes les bras de l’un que pour aller dans ceux de l’autre. Tout c’est bien passé, assure Mamie. Elle est fière de nous annoncer qu’il n’y a pas eu de réveils cette nuit : tu as dormi comme une bienheureuse de 21h30 à 6h30. Tu as eu besoin d’une présence pour t’endormir, mais ensuite, ça a été. Je suis éminemment fière de toi ! Tu as géré cette séparation comme une chef ! Bien sûr, cela a dû être angoissant de rester si longtemps sans nous, bien sûr tu n’avais aucune notion de la durée ni de si nous reviendront même, bien sûr tu as dû composer avec ce que tu avais sur place, mais ton instinct de survie et ta confiance ont fait un chouette travail, et tu as passé cette étape haut la main.

Dimanche, 14h
Après avoir lutté de toutes tes forces, Après avoir réclamé 10 rappels de tétée, après avoir babiller je ne sais combien de « deureu deureu? » , tu te laisse aller au sommeil dans les bras de Papa. Dieu que tu es belle quand tu dors, apaisée, délicate. Je suis si fière de toi mon bébé ❤ .

typeche dort 15 mois

Cette nuit-là, tu reprendra tes habitudes et ne nous laissera que 3h30 de sommeil …. petit monstre 😉 …

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6 commentaires sur “Ma première nuit sans toi

  1. J’imagine que ça n’a pas été facile pour vous deux mais vous pouvez être fières de vous. Je ne me rappelle plus les mots exacts d’une citation qui m’avait beaucoup parlé mais je vais essayer d’y être le plus fidèle possible : « l’attachement permet de donner un ancrage aux enfants, une base solide, pour qu’ils puissent ensuite se séparer de nous et aller découvrir le monde ». Ta puce se sent suffisamment bien attachée à toi pour pouvoir se détacher de toi quelques heures pour découvrir le monde sans toi. C’est une sacrée preuve de votre relation forte. Vous pouvez être fières de vous. ❤
    A bientôt,
    Charlotte.

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  2. Comme je te comprends… Ton témoignage est très beau et poignant ! Bébé Lu a déjà 21 mois et pourtant je ne l’ai pas encore laissé une seule nuit. Pour l’instant je sais que je n’y arriverais pas, et je pense que son papa non plus… Mais ton billet nous prouve bien que nos petits bouts ont de la ressource !

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    1. Je ne sais pas où j’ai trouvé la ressource de la laisser …. le au-revoir surtout, est déchirant. Et quel bonheur de la retrouver le lendemain !
      Chacun selon son rythme et ses possibilités ! Un jour tu le fera ;) peu importe quand !

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