Et si nous arrêtions de culpabiliser ? (Oui mais comment ?)

Alors là, c’est du lourd, et je vous préviens, j’aurai quelques phrases qui peuvent être remuantes, froissantes, agaçantes … Je m’en justifie, je l’espère, tout au long de cet article, qui a pour but de vous ouvrir vers une autre perspective de pensée et philosophie de vie (rien que ça !). Parce qu’on nous parle sans cesse de culpabilité…. la parentalité bienveillante, c’est culpabilisant. L’allaitement, c’est culpabilisant. Le bio, c’est culpabilisant. La sexualité épanouie 3 fois 45 minutes par semaine, c’est culpabilisant… Au final, c’est une montagne de culpabilité que nous portons sur nos épaules ! N’avez-vous jamais eu envie de vous en délester, définitivement ?

Histoire de la culpabilité
c’est la partie barbante, mais essentielle à la suite ;) !

Définition.
Selon le Larousse, la culpabilité désigne :

  • l’état de quelqu’un qui est coupable d’une infraction ou d’une faute : Établir la culpabilité d’un accusé.
  • le sentiment de faute ressenti par un sujet, que celle-ci soit réelle ou imaginaire.

Influences judéo-chrétiennes.
La culpabilité est quelque chose de très présent, et pesant, dans nos racines religieuses (autant dans le christianisme que dans l’islamisme). En effet, les notions de « faute » et de « culpabilité » remontent à nos chers Adam et Eve, premiers humains innocents qui commirent la faute ultime en croquant, sous l’influence d’un serpent perfide, dans la pomme de l’arbre de la connaissance du bien et du mal (tu sens la lourdeur du truc, déjà ?). Dieu fut fort fâché, car il le leur avait formellement interdit (pourquoi ?) et les punit en conséquence : Adam d’un dur labeur afin de gagner son pain, Eve de souffrances en donnant la vie (le fameux « tu enfantera dans la douleur »). Top ambiance !
Je ne veux pas polémiquer sur les religions et les croyances, mais seulement souligner à quel point la culpabilité est inscrite dans l’histoire humaine depuis des siècles, et comment bien des dirigeants (qu’ils soient religieux, monarques, hiérarchiques ou familiaux) s’en servent allègrement. Les notions de péché, d’obligation de se confesser pour expier sa faute, de menace de l’Enfer si l’on ne demande pas pardon pour chacun de nos actes, les périodes de jeûne pour se rapprocher de Dieu et des simplicités de la vie (bannir l’opulence et la consommation), les punitions sur la place publique… sont véhiculées depuis longtemps.

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Changeons notre façon d’être
Et si nous bannissions la culpabilité de notre quotidien ? Et si nous options plutôt pour la responsabilité ?

La culpabilité est toujours en lien avec le jugement d’autrui ; elle s’oppose à la responsabilité, qui est centrée sur l’individu acteur. Ainsi, il apparait évident que :
la responsabilité est constructive : « prendre ses responsabilités » c’est reconnaitre son implication, et c’est le premier chemin vers un « mieux faire » ou une « réparation » s’il y a lieu d’en avoir une. C’est aussi être en accord avec ses choix, les assumer, et ainsi être mieux armé face aux remarques sur lesdits choix.
la culpabilité est destructrice : le coupable est puni par autrui, c’est un tiers qui juge des réparations, le coupable n’initialise pas d’action correctrice, il est passif ; cette passivité induit une position de victime, d’auto-flagellation (« ce que je suis mauvais ! ») qui ne permet pas de rebondir et d’avancer.

La responsabilité permet aussi de se détacher des choses à propos desquelles nous ne sommes pas décisionnaires. Ne vous êtes vous jamais surpris à culpabiliser pour des éléments auxquels vous n’y pouviez rien, sur le seul prétexte que vous aviez la chance que cela n’arrive pas à vous ? Un poids de plus à notre fardeau ! Le but d’être responsable (ou justement, non responsable) n’est pas de ne penser qu’à soi bien sûr, mais d’adopter plutôt l’empathie que la culpabilité face à des évènements qui nous touchent.

Au final, resterai à la culpabilité sa seule notion législative, qui malheureusement demeure indispensable : j’entends par là lorsqu’un individu commet une faute dont il nie la responsabilité, et que notre instance pénale doit intervenir.

Vous me suivez toujours ?

Prenons un exemple concret.
Au départ, je voulais expliciter autour d’un exemple que j’ai lu maintes fois : « l’allaitement est le meilleur aliment pour le nourrisson » serait culpabilisant. Je voulais montrer qu’on peut choisir de nourrir son enfant au lait infantile et ne pas culpabiliser Mais, étant une maman allaitante, je ne me sentais finalement pas légitime d’embrayer sur ce sujet sensible. Alors je préfère un autre plus lambda.
Mon exemple donc : « Pour bébé, rien de tel que les purées maison, avec des légumes bio et frais« . Tout à fait. Personnellement, j’ai principalement donné des pots industriels à Ty’Pêche (souvent bio mais pas que). De fait :

> je pourrai culpabiliser : dans les pots, on ne sait d’où proviennent les aliments, il y a des conservateurs, le goût est altéré, on perd des nutriments, ça coûte plus cher, il y a un gaspillage d’emballage (bien souvent un pot plastique/ou verre, suremballé d’un carton). Bien d’autres mamans et papas trouvent le temps de cuisiner de bonnes purées à leurs enfants. Et elles/ils aussi ont une maison à gérer, un travail, d’autres enfants, une vie …

> Sauf que … je ne culpabilise pas. Je suis pleinement responsable du fait de donner des purées industrielles à Ty’Pêche plutôt que lui cuisiner ses plats, oui. Et ce qui estompe toute culpabilité, c’est que je sais pourquoi je le fais : j’ai mes raisons et elles me conviennent. Ce ne sont pas des raisons bancales, ce sont des arguments qui sont solides et irréductibles pour moi . Je n’essaie en aucun cas de me justifier à qui que ce soit car je n’ai de comptes à rendre à personne d’autre que moi-même (et à ma fille, puisque ça la concerne). Je reconnais que le meilleur serai des purées maison bio, et je félicite grandement celles/ceux qui les font.

Ceci dit, si ma fille pouvait s’exprimer pleinement,
peut-être qu’elle trouverait quelque chose à y redire …

D’un point de vue parfaitement théorique, personne ne peut nier qu’une purée maison avec des légumes biologiques et frais ramassés de la veille, c’est le nec-plus-ultra. Tout comme on ne peut contester que le lait maternel soit l’aliment le mieux adapté au bébé. Ces phrases sont des vérités, alors pourquoi créent-elles des polémiques autour de leur capacité à culpabiliser ? D’un point de vue général, doit-on cacher la vérité pour ne pas culpabiliser la population ? Pour épargner les égos ? Pour satisfaire les ménages ?

Dans ce cas … Arrêtons de dire que la cigarette est nocive, cela culpabilise les fumeurs ! Arrêtons de demander à ce que les limitations de vitesse soient respectées, cela culpabilise les chauffards ! Arrêtons de nous vanter l’activité physique, cela culpabilise les non-sportifs ! (du fond de mon canapé, je suis révoltée !). Je pousse la réflexion dans un retranchement polémique, j’en ai conscience, mais honnêtement…. qu’en pensez-vous ? Ne serait-il pas plus profitable pour tous, que l’on apprenne à se responsabiliser et assumer ? A faire des choix éclairés et être en paix avec ces choix ? A accepter les choix de chacun, pour peu qu’il n’y ai pas de dangerosité envers autrui ?

Personnellement, je trouve que chacun aurai à y gagner à se responsabiliser, plutôt qu’à culpabiliser. Ne laissons plus les autres juger de notre vie, nos choix, qui nous sommes : soyons nos seuls juges ! Et ne nous laissons pas aller à nous inculper de tous les maux de la Terre : soyons notre propre juge, mais avec justesse et honnêteté !

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Oui, mais comment faire ?
On nous étouffe sous la culpabilité depuis notre tendre enfance , alors comment s’en dépêtrer ?
Qui n’a jamais entendu, petit :
« Pense aux petits pauvres qui n’ont rien à manger, eux ! »
« Tu devrai être content de tes cadeaux, à ton âge j’avais une orange à Noël ! « .
« Tu vois, tu as fais mal à ton frère, tu es méchant !  »
Dans ces 3 phrases, la culpabilité est titillée, mais enfant, étiez-vous responsable de la pauvreté ? Etiez-vous responsable du changement de moeurs générationnels ? La 3ème est plus insidieuse : certes vous avez probablement blessé votre frère, mais cela fait-il de la méchanceté une caractéristique de votre personnalité ? Et surtout, que vous ont apporté ces phrases ? De la réflexion sur la condition humaine, des valeurs qui vous ont sauté aux yeux, une démarche philosophique de votre part a-t-elle été initiée suite à ces mots ? Ou ne vous êtes-vous pas sentis simplement minable et honteux ? … et ensuite ?

Les autorités ne sont pas en reste, avec leurs campagnes de santé publique accablantes : photos d’enfants chauves et intubés (sous entendu « leucémiques ») sur les paquets de cigarette, corps recouvert d’un drap et trottinette près d’une voiture accidentée…  le « choc » est de mise à chaque slogan, mais mis à part dégoûter ou effrayer la population, à quoi cela rime-t-il ? Le fumeur pourra peut-être culpabiliser en voyant la photo, mais se dira-t-il « J’arrête » grâce à cela ? Qui a décidé de respecter le code de la route en voyant les courts-métrages de sécurité routière avant le film du samedi soir ? Y-a-t-il vraiment un effet positif à la culpabilisation de masse ? Alors là vous vous dites que je m’enflamme, cet article vire au scandale mais …. cette philosophie presque médiatique de la culpabilité m’agace un tout petit petit peu…

* je respire un coup *

Bref, ce long paragraphe pour vous « déculpabiliser » de culpabiliser : on nous a apprit la culpabilité depuis toujours ! Alors ce n’est pas évident de la jeter sur le bas côté, et d’adopter un autre état d’esprit !

Personnellement, mon expérience de maman, et notamment nos choix de parentalité « hippies », m’ont obligée à suivre le chemin de l’acceptation de soi, de la confiance (car il est difficile d’accéder à la responsabilité sans confiance en soi) et du fait d’assumer nos actes. En effet, entre le nu-pied et les chaussures souples, l’allaitement long, le cododo à temps partiel, le portage, le dos-à-la-route en voiture, la motricité libre … mais également les pots industriels, notre vie casanière, notre manque de rythme le soir : les sujets de remarques sont légions ! Mais pour chacun de nos choix, nous savons pourquoi nous les faisons, nous sommes en paix avec ce que nous faisons et nous moquons complètement des avis d’autrui ! A partir du moment où notre fille n’est pas en danger, personne n’a la valeur de remettre en cause notre parentalité. Et de fait, nous culpabilisons très peu. Parfois nous ne sommes pas fiers de nos actes ou nos paroles, nous regrettons certaines choses, mais ça vient toujours de nous, rarement de l’avis d’autrui. Et puisque ce sentiment naît de nous-même, nous sommes plus que déterminé à changer de cap lorsque quelque chose nous déplaît dans notre façon de faire. Nous ne sommes pas fermés au dialogue et aux personnes, bien sûr ! Nous aimons partager les expériences, les astuces et les connaissances avec d’autres parents, avec des soignants, avec des professionnels, avec quiconque, mais nous conservons la juste distance entre un partage désintéressé qui pourrai nous être utile, et un jugement ou pire : une tentative de dévier la culpabilité sur l’interlocuteur  (mais si, vous savez : ceux qui culpabilisent de ce qu’ils font, et tentent du coup de vous discréditer pour épancher leur culpabilité !).

Et c’est franchement ce qui est le plus constructif et le plus formateur dans l’école de la vie : l’auto-critique et l’auto-appréciation. Le jour où vous êtes capable d’entendre, de lire, de voir les 1001 façons de faire différentes des vôtres, et que vous restez fiers et contents de votre façon de faire, c’est vraiment très gratifiant, et apaisant.

Et toi, qu’en penses-tu ?
et si tu arrêtais de culpabiliser dès maintenant ? :)

5 commentaires sur “Et si nous arrêtions de culpabiliser ? (Oui mais comment ?)

  1. Wah ! Quel article ! Il invite à la réflexion, ça c’est sur !
    Je trouve aussi qu’on a toujours mille façons de culpabiliser (d’autant plus sur tous les sujets liés à l’éducation). On a envie de faire au mieux, ce qui se comprend. Mais je trouve ta vision culpabilité / responsabilité super intéressante ! C’est vrai que si on sait pourquoi on a choisi telle ou telle chose pour notre enfant, pourquoi s’en culpabiliser ? Ce travail ne sera pas facile car il nous demande de déconstruire des sentiments profondément enfouis en nous mais ça mérite qu’on s’y attelle 😉
    Merci pour ce billet et à bientôt !

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    1. Merci !
      Je n’ai pas dis dans l’article qu’en effet, ce travail ne se fait pas du jour au lendemain. Ça demande un vrai chamboulement interne et un réinvestissement de nous-même ! Mais je trouve que ça en vaut vraiment la peine ! Car la culpabilité peut vraiment nous pourrir la vie , et c’est bien dommage !

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  2. J’adore la façon dont tu abordes ce sujet, avec beaucoup de bon sens, tout simplement.
    Tu as entièrement raison, on devrait se responsabiliser (ça y est quoi, on est des adultes maintenant !) mais on dirait bien que pour certains-aines c’est trop dur… alors on se rassure en disant « bouh les moralisatrices ! Elles veulent nous faire culpabiliser pcq on ne donne pas ce qu’il y a de mieux pour nos bébés ! » non mais elle vient de qui cette idée franchement ? XD les filles arrêtons la gueguere ça mène nulle part… des biberons, des nénés, des sucettes… tant que bébé va bien, it’s all riiiiight ! La vie est assez dur comme ça pour se culpabiliser, savourons la à base de petits pots indus si c’est comme ça qu’on la choisi
    Bises
    Super article !
    Jessica

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