Allaitement : reste-t-il une place pour le Papa ?

Depuis pas mal de temps, je suis plutôt active sur un groupe de soutien à l’allaitement : j’aime l’idée de pouvoir apporter aide, réassurance et réconfort à quelques mamans allaitantes débutantes (ou pas !). Il y a une phrase qui revient régulièrement, et qui me pousse à la réflexion : il s’agit du fameux « donner un biberon à bébé pour permettre au Papa de participer ». Cette image malheureusement très solide du « bon père » qui donne le biberon, et par extension la sensation de « mauvais père » s’il ne nourrit pas l’enfant, entraîne chez beaucoup de mam’allaitantes une demande de tirer son lait afin de permettre au conjoint d’accomplir le Saint Graal… comme si le papa ne pouvait faire que cela pour « participer ». Et l’article récent, ô combien juste et motivant de Maman Chamboule-Tout, m’a inspirée pour vous parler de la place de Papa-Geek dans notre allaitement , et plus généralement combien l’allaitement n’est absolument pas un obstacle à l’implication des pères auprès de leur progéniture.

Non pas que je veuille casser l’envie de certains papas de donner le biberon à leur enfant : je trouve ça, au contraire, super chouette ! Et j’imagine que si le papa manifeste cette envie, en tant que maman le désir d’accéder à cette demande est forte (et légitime).
Il faut aussi être honnête sur 2 points :
l’allaitement favorise d’abord un lien mère-bébé : avec une moyenne sur 24h de 8 tétées de disons, 15 minutes chacune, ça fait pas mal de temps collé aux seins de maman !
l’allaitement peut devenir une excuse un peu facile pour se plaindre du manque d’implication des pères , façon « Cépaleurfôte » : sauf qu’il n’y a quand même pas que le fait de nourrir son bébé, dans la parentalité !

photo pixels

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Un lien mère-bébé

Alors oui, allaiter favorise en premier lieu l’établissement d’un lien intime entre la mère et son enfant : le contact peau à peau, l’odeur, le son du coeur tout proche, les douces paroles susurrées, les regards échangés, le goût du lait évidemment, l’endormissement estomac plein avec la fameuse goutte de lait qui s’échappe sur la joue…. tout ces points sont privilégiés par la mise au sein ! Avec l’allaitement, j’ai pris une longueur d’avance (que j’avais déjà avec la grossesse) quand à ma proximité avec Ty’Pêche, c’est vrai.

Dans cette configuration un peu déroutante, le Papa peut facilement se laisser distancer… et même se décourager, se sentir délaissé. Ce fut le cas de Papa-Geek lors des premiers pics de croissance : il avait l’impression d’être spectateur, inutile, presque transparent tellement le temps passé au sein était conséquent. Puis il a dessiné sa place dans les autres soins, et même auprès de nous lors des tétées : nombres de fois nous nous sommes lovés les uns contre les autres dans le canapé, de beaux moments de tendresse !

On croit encore aujourd’hui, de part certains courants de pédo-psychologie, que le père est l’indispensable qui doit casser la fusion mère-enfant, le fameux tiers-séparateur. Je passerai outre l’entrave à l’allaitement que constitue cette croyance, parlant plutôt des connaissances actuelles que nous avons à propos du besoin de lien charnel et de contact très rapproché du petit enfant : plutôt que séparateur, le père doit être un appui de ce lien afin d’assurer protection et sécurité à son bébé. Plutôt qu’une paire de ciseaux qui doit couper un ruban entre 2 personnes, je vois le père comme un doux châle qui enveloppe d’amour et de chaleur la maman et le bébé : une famille, main dans la main, en somme !

TyPeche dans les bras de Chéri-Geek, à 48 heures de vie ♥

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La fameuse participation du Papa

Déjà, je suis outrée d’entendre encore parler, en 2019, de « participation du Papa » comme de quelque chose d’incroyable, qui mérite d’être souligné ou applaudit. Avez-vous déjà entendu parler de la participation de la Maman ? Non, parce que « c’est naturel » que la mère s’occupe de bébé…. ben ça devrait l’être aussi pour le père (et ça l’est de plus en plus, ouf). Nous sommes au-delà de la « participation » de l’un ou de l’autre : il y a 2 parents qui prennent soin d’un bébé, point.

Dans le cas d’une mamallaitante, le Papa ne s’occupera donc pas de nourrir son enfant (les 6 premiers mois, s’entend ; et dans les cas sans tire-allaitement). Il ne lui reste pas moins de choses à faire ! En premier lieu, Chéri s’est beaucoup impliqué dans le bain, et tant mieux car je n’ai jamais aimé cela (allez savoir pourquoi). Nous changions les couches à tour de rôle : au delà de l’aspect « pipi caca » , on peut vite en faire un moment privilégié où les bisouilles sur le bidon, les croquages de cuissots, les massages et les chatouillis décrochent de jolis sourires à bébé : c’est Chéri qui obtient les premiers éclats de rire de Ty’Pêche, sur la table à langer. Le berçage, le portage, sont des éléments indispensables dans le besoin de contact du bébé, et ce sont de supers façons de créer le lien avec son tout-petit ! Chéri n’avait pas son pareil pour endormir notre fille, et se coller dans le canap devant une série ou un jeu vidéo, baby tendrement lovée dans ses bras ! Nombres de balades en poussettes sous le soleil d’automne ont été initiées par mon homme, une petite marche de 15 minutes pour s’aérer fait du bien à toute la famille ! Je trouve qu’il y a beaucoup de soins et d’activités à faire, même avec un nouveau-né, pour permettre au père de s’impliquer et qu’il tisse un solide lien avec son enfant.

photo VisualHunt

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Rôle du père dans l’allaitement

Bien que ce ne soit pas évident au premier abord, le papa a bien sûr un vrai rôle dans l’allaitement.
D’un point de vue pratique, il peut aider à la mise au sein (positionnement du bébé, ajustement des coussins…), qui plus est si la maman a vécu une césarienne et que sa cicatrice est sensible. Il peut récupérer le bébé après une tétée pour le rot, ou la verticalisation en cas de RGO. Il peut apporter eau, nourriture et loisirs lors des périodes de pics, où bébé est ventousé au sein et maman quelque peu limitée dans ses mouvements.
D’un point de vue théorique, sa connaissance de la physiologie de l’allaitement, de la loi demande-offre, des pics de croissances… est indispensable afin de ne pas perdre pied dans les moments de doute et les difficultés.
D’un point de vue psy, son soutien est indispensable : nous sommes dans une drôle de société où tous le monde à son mot à dire sur votre vie, vos choix, votre allaitement, la couleur de votre chemisier et ce qu’il y avait dans votre assiette ce midi. Alors, quand Tatie VieilleFrance vous crache à la figure ses conseils non-solicités sur le nombre de tétées que votre enfant a déjà fait depuis le début d’après-midi, ou les conséquences dramatiques de l’allaitement sur la future asociabilité de ce pauvre gosse, le soutien sans faille de votre moitié vous sera d’un grand secours ! En effet, partager les valeurs de l’allaitement, entendre la voix de son homme citer les bienfaits du lait maternel, voir la Tatie déconfite lorsqu’il affirme qu’il trouve que c’est une très bonne chose que cet enfant prenne le sein (même après 6 mois …. même après 1 an …. même la veille de son Bac ;) ), ça vous regonfle de fierté, de joie, de courage, d’envie !

Alors, quand je regarde nos 19 mois d’expérience, et toutes les possibilités qui s’offrent au papa dans sa relation avec son bébé, je trouve que s’embêter à tirer son lait (il ne s’agit pas d’un geste vite fait et facile !), au nom de « la participation du père » , est super réducteur ! Bien sûr, chacun/e ses choix, et ses arguments qui vont avec. Mais je trouve que la parentalité est une aventure de chaque instant, que chaque geste fait pour son bébé est une maille de plus au lien que l’on tricote ensemble, et qu’il y a milles détails qui permettent d’établir une merveilleuse relation père- enfant, sans donner le moindre biberon ! Messieurs, ne soyez pas intimidés, impressionnés ou rejetés par l’allaitement : votre place est tout à fait près de votre femme et de ce petit être qui vient de naître, et oui, vous avez un rôle dans la réussite de cet allaitement qui est aussi le vôtre !

Et vous, est-ce que votre conjoint a eu du mal à trouver sa place avec l’allaitement ? Ou bien était-il comme un poisson dans l’eau avec sa paternité ?

8 commentaires sur “Allaitement : reste-t-il une place pour le Papa ?

  1. Merci beaucoup pour ce lien, je suis touchée ! J’aime beaucoup cet article et ton point du vu, assez proche du mien comme souvent. Cela me parait particulièrement important de rappeler aux pères qu’ils ont toute leur place dans l’allaitement même si ce lien favorise la relation mère enfant au début. Cela dit, je connais pas mal de couples dont les enfants n’ont pas été allaités mais qui sont accrochés à leurs mères comme une moule à son rocher donc je pense que c’est aussi un peu physiologique tout ça… Et bravo pour ton implication associatif, je songe moi aussi à tenter l’aventure !

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  2. Joli article 🙂
    C’est clair que papa peut se sentir assez délaissé, pour ma part surtout car j’avais du mal à lever le pied les premiers jours, premières semaines. Je voyais papa qui voulait faire tellement de choses, et il en prenait très souvent l’initiative bien sûr, et j’ai réalisé plus tard que c’était à moi parfois de lui tendre le bébé dans ses bras au lieu d’attendre qu’il en ait trop marre d’attendre qu’il finisse par dire « c’est moi qui l’endort, c’est moi qui… » 😂 mais je sais qu’il ne m’en veut pas ❤️ Mon chéri est tellement compréhensif il m’a beaucoup aidée et soutenue même si pour l’allaitement je l’ai senti plus effacé les premiers temps alors que j’aurais eu plus besoin de sa présence (j’avais bcp de difficultés, et très très mal aussi…)
    En tout cas je suis super fière de ce qu’on a fait aujourd’hui et où on en est arrivés. Pour un premier enfant on apprend chacun à trouver ses marques ça prend plus de temps qu’avec les suivants j’imagine 😊
    Merci les papas chéris sans vous cette aventure n’aurait pas le même goût 🧡
    Bises à toi et ta petite famille trop mimi !
    Jessica

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    1. Oui, j’en ai l’impression moi aussi du syndrome « MON bébé, je fais tout » sans laisser l’ouverture pour le Papa, qui n’ose pas toujours du coup… Puis comme tu le dis, chacun prend ses marques ! Il faut de la discussion surtout pour mettre les choses en ordre !!

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  3. Effectivement le bébé n’est pas qu’un tube digestif… Pouvoir le porter, l’observer dans ces moments d’éveil, lui présenter son chez soi, lui donner le bain, tout ça le père peut le faire. Ce que mon mari a particulièrement aimé faire avec la descendance c’est l’emmener dans le jardin dans l’herbe autour des poules et des chiennes. Pour lui qui est un amoureux de la nature et du grand air cela a été sa façon de créer le lien avec elle.

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