Ce jour où je me suis violemment projeté en toi

« Elle me ressemble tellement parfois et je voudrais tellement que ce ne soit pas le cas. Ce vendredi soir de vacances à la mini disco de l’hôtel Tunisien, je suis submergée par l’un de ces moments d’émotions qui ne fait mal qu’à moi et où les autres ne voient pas le mal. Je me souviens encore comme si c’était hier de mon coeur pris en étau quand j’apprenais que des enfants s’étaient moqués de mon petit frère. La vulnérabilité de ceux que j’aime m’est insupportable. La vulnérabilité de mon enfant m’est intolérable. Soudain je voudrais la mettre dans une bulle, la protéger de toutes les déceptions et lui épargner toutes les difficultés, enlever les cailloux de tous les chemins pour que jamais un seul ne se glisse dans sa chaussure, éclairer et baliser toutes les routes qu’elle empruntera, ensorceler tous ceux qui lui adresseront la parole pour qu’aucun ne la blesse, balayer tous les obstacles, arracher les ronces, balayer les saletés autour d’elle, et la laisser belle, heureuse et innocente dans un monde de paix et d’amour infinis.. »

Happynaiss [article en entier ici]

***

Il y a tellement de beaux moments dans la maternité. Il y a tellement de moments compliqués aussi. Et puis, il y a ceux où nos cœurs saignent…

Nous étions dans l’aire de jeux avec Ty’Pêche. Elle venait de descendre de la balançoire, une du genre tape-cul. C’est pas très pratique d’en faire, car elle est seule de son côté et moi, je ne peux pas m’asseoir en face (une légère différence de poids….), je dois tracter la balançoire pour qu’elle aie un minimum de fun cette petite.

On voit une famille passer, s’arrêter, les 2 garçonnets se précipiter sur le tape-cul. Le regard de ma fille s’illumine : « Oh des copains pour la ba’ançoire ! ». Elle regarde avec envie les 2 garçons se balancer, mais bien vite leurs parents leur demandent de descendre car il faut rentrer. Elle les regarde s’éloigner en disant un tout petit « au revoir », avec une drôle d’expression … je ne sais pas, si triste, si déçue…
Putain j’étais en larmes. Mon bébé… ma chair, mon sang, traversée d’une telle tristesse… de ne pas avoir pu faire de la balançoire avec ces garçons ? De mourir d’envie de demander, mais ne pas le faire ? De rester seule ?

Quand j’ai raconté cela à Chéri, j’étais de nouveau en larmes.
Et là en vous l’écrivant, je le suis encore. Je ne m’en remets pas.

Je me suis dis « attend mon bébé, je vais te faire un petit frère illico. Demain il naît. A la fin de la semaine, vous ferez de la balançoire à 2. ». Oui, c’est une pure idée.
Sauf qu’en fait c’est pas ça le problème.

Le problème c’est que ne pas oser demander, c’est ma vie. Et je veux pas, mais genre PUTAIN de PAS, qu’elle soit comme ça. Je veux qu’elle ose. Qu’elle s’affirme. Qu’elle aie confiance. Je ne veux pas qu’elle souffre de solitude parce qu’elle n’ose pas adresser la parole aux autres. Je ne veux pas qu’elle rumine dans son coin et qu’elle loupe des opportunités. Je ne veux pas qu’elle aie de regrets. Je ne veux pas qu’elle soit timide. Et ça me bouffe.

Je suis en colère contre la Terre entière. Je suis en colère contre mon éducation de petite fille idéale, sage et discrète. Je suis en colère contre ma faiblesse. Je suis très très en colère contre moi parce que j’aurai dû MOI, demander à ces petits garçons si l’un d’entre eux acceptait de faire de la balançoire avec ma fille. Mais je n’ai pas osé. Parce que je suis trop timide.

Comment on fait pour que notre enfant ne soit pas timide ? C’est quoi la recette ? Faut-il qu’il mange plus de carottes, plus de lait de chèvre, moins de quinoa ? Faut-il qu’il s’habille en jaune le lundi ? Disposer des fanes de radis sur la tranche nord de sa chambre ? Dites-moi ! Je prends tout ! Je ne peux pas lui montrer comment faire, car je ne sais pas. Et ça me tue.

C’est p’tet trop tôt pour décrypter son caractère, on peut p’tet pas tirer de conclusion sur sa façon d’être, mais moi, je flippe tellement. Mes mots sont d’ailleurs certainement une projection de moi-même que je fais en elle, son comportement était probablement tout à fait normal, mais moi je flippe tellement tellement…

Elle, elle a déjà certainement oublié. Pas moi. C’est trop terrible de voir son gosse malheureux, même s’il ne s’agit que de quelques secondes, bordel.

13 commentaires sur “Ce jour où je me suis violemment projeté en toi

  1. Je ressens toute ta tristesse et ta colère dans tes mots… Ce que tu as ressenti est tellement normal. Je crois que le plus dur c’est quand les enfants vivent des situations ou souffrent de situations qui nous ont fait / nous font souffrir nous-mêmes… Car du coup, on se projette et on SAIT ce que ça fait. Je comprends donc totalement ce que tu as ressenti. Mais tu sais le plus beau dans tout ca ? Tu l’as observé avec une grande justesse. Et la prochaine fois, tu pourras peut être lui donner un petit coup de pouce pour l’aider à aller parler aux autres enfants ? Même si c’est de manière masquée (parler à la maman de l’autre enfant par exemple…;)) Petit à petit, elle va réussir à prendre confiance en elle et elle osera y aller ! 😀 Plein de pensées, je sais que ca doit etre difficile… ❤

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  2. Bonjour…
    Je te lis, je cherche les mots pour te répondre en évitant les banalités… je me reconnais dans le type d’education dont tu parles…
    Moi aussi je suis timide, mais plus encore je ne sais pas demander, ni aide même à mon mari, ni rien, même face à des enfants je peux m’ecraser s’ils ont un peu de répartie et ça me bouffe… (genre je n’ai pas obligée une petite fille de 6 ans à garder sa ceinture sur l’epaule pour un trajet de 3 minutes à la campagne… sous prétexte qu’elle fait autrement (=pas sécuritaire) avec ses parents…
    n’importe quoi moi!)
    Bref, je voudrais te rassurer. Mes filles aînées ont 7 et 5 ans, et même si elles manquent de confiance en elle, elles savent demander, aller vers les autres, ont plein de copines (ma plus grosse crainte pour l’école car moi je n’étais pas hyper intégrée). Cet été mon aînée a offert des tomates cerises du jardin à 3 de nos voisins de camping. Sans rien attendre en retour, que la fierté d’accomplir une démarche que nous mêmes parents n’aurions pas osé faire. A été récompensée par les vacanciers (bonbons, glace…) et cela l’a aussi renforcée dans l’idée qu’on reçoit toujours en donnant (gratitude, amour, cadeaux, etc).
    Notre astuce ? Les valoriser toujours, parler parler parler, les encourager, leur dire qu’elles sont fortes, qu’on est fiers, qu’on croit en elles, ne pas rester sur du négatif quand elles ratent un truc, bref positive attitude ! Pas toujours facile mais on y croit ! L’objectif c’est juste qu’elles aient confiance en elles… sacré challenge qui se travaille au quotidien !
    Voilà, après pour ma troiz elle est très autonome donc c’est accepter de la laisser faire même si c’est plus lent, moins bien (brossage de cheveux par exemple…), si elle se sent capable de faire je lui fais confiance ! (Ce qui n’exclut pas le contrôle… vu qu’elle se savonne seule ou monte seule à l’echelle sur la plateforme d’1m20 de la balançoire 😱)
    Fais toi confiance dans ton rôle de maman, ça t’aidera déjà pas mal!

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  3. J’ai découvert cet été le podcast Change ma vie. Il est juste exceptionnel. Des épisodes court, du contenu de grande qualité avec des exemples et des exercices. Cela m’aide vraiment beaucoup dans mon cheminement 🙂

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  4. Je comprends ta tristesse, mais je crois qu’il faut aussi dans ces cas là savoir prendre du recul : déjà, elle est petite, elle a encore le temps de se construire, ça ne vient pas forcément immédiatement chez tout le monde et beaucoup ont besoin de leur vie entière pour y parvenir! A vous de l’aider sur ce chemin, de l’aiguiller, de la pousser peut être parfois, et elle y viendra en son temps! D’ici là, il faut aussi lui faire confiance pour surmonter ses déceptions et en apprendre quelque chose – laissez-lui du temps! De ton côté également – c’est dur à vivre pour nos coeurs de mamans, mais il faut aussi accepter qu’on ne peut pas toujours diriger la vie de nos enfants et qu’ils doivent forcément vivre des moments durs. Ça aide aussi à se forger, il n’y a pas que du négatif, de tels moments sont inévitables et si on peut toujours aider nos enfants à les traverser, on ne peut pas et ne doit pas, je crois, les éviter. A nous de leur montrer que les déceptions se surmontent et qu’on peut en tirer quelque chose pour aller plus loin!

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    1. C’est vrai que j’aimerais parfois la mettre en bulle… ce ne serai pas du tout lui rendre service évidemment. C’est fou car autant je ne me focalise pas sur mes déceptions, autant voir quelqu’un déçu ça me ruine le coeur !

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  5. Comme je te comprends… J’ai tellement peur aussi, même si pour l’instant il arrive plutôt bien à aller vers les autres. La peur qui me bouffe c’est l’école qui arrivera inévitablement. Cette boule qui grandit dans mon ventre chaque fois que j’y pense. Est-ce que comme ses parents (les deux sinon c’est pas drôle) il vivra un supplice chaque jour pour y aller ? Est-ce qu’il sera prêt à sortir en tee-shirt par -15 dans l’espoir d’attraper une maladie grave qui le dispenserait de l’école durant quelques semaines ? Est-ce qu’il sera malheureux tout simplement…
    Les enfants raniment de vieux souvenirs bien douloureux, mais peut-être devons nous voir ça comme une opportunité d’évoluer, à la fois pour eux et pour nous…

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    1. Oh l’école…. ça me fait tellement peur ! J’avais mon petit groupe d’amis au primaire, c’était une petite école où toutes les familles se connaissaient… il y avait peu de problèmes. Mais le collège et le lycée…
      C’est du vécu, le -15 en tshirt ?

      Merci de tes mots doux !

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      1. Oui c’est du vécu le t-shirt en hiver… bon il ne faisait peut être que -2 par contre ! Contrairement à toi le pire fut la maternelle et le la primaire, le collège a été difficile aussi mais moins et le lycée j’ai adoré… comme quoi…

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  6. C’est fou tout ce qu’on peut projeter de notre enfant intérieur sur eux. A la fois, on voudrait les mettre sous cloche qu’il ne leur arrive rien de difficile et en même temps, on veut aussi en faire des petits êtres autonomes et confiants dans la vie, la vraie, même si elle est parfois hard. Dur dur l’ambivalence de parents.

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