Pas assez sévère ?

« Tu n’es pas assez sévère avec elle ».
Non. Clairement, non. Je ne suis même pas sévère du tout, en fait. C’est un mot que j’exècre et un concept que je ne veux pas voir sous mon toit.

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La sévérité, je l’ai connue dans mon enfance. Mes parents étaient sévères, « juste ce qu’il faut ». Ils n’étaient pas des tyrans, mais j’avais assez de craintes pour ne pas vouloir attiser leur courroux. Surtout, si nous faisions ce qu’ils qualifiait de bêtise*, la désapprobation mais surtout la punition nous attendait. N’y voyez aucun aveu de maltraitance, hein, mais juste une utilisation assez classique de VEO comme il l’était à leur époque.
*(NB : je dis « ce qu’ils qualifiait de bêtise » car d’une famille à l’autre, les bêtises ne sont pas les mêmes… donc cela doit se lire dans le sens « ce qui est une bêtise à leurs yeux »).
Mes parents n’ont pas inventé la sévérité, et surtout ils n’avaient pas l’impression de l’être car ils avaient connu une sévérité bien plus ardue en leur temps : les instituteurs qui utilisaient les châtiments corporels, les punitions très humiliantes (c’était même le seul but), la négation des émotions… Et probablement que mes grands-parents avaient connus encore un autre échelon de sévérité.
Bref, la sévérité c’est culturel dans le milieu de l’éducation, en France.

Quand je parle avec mes collègues (ils sont pour moi une grande source de diversité éducative, et de réflexion (et de jugements à l’emporte-pièce)), j’entends très souvent, encore, ce mot. « Et pourtant je suis sévère » « Je suis peut-être trop sévère mais au moins … » j’ai l’impression que c’est une chose dont on peut se vanter, d’être sévère.
Un jour, alors qu’on parlait de ce courant très décrié qu’est la parentalité positive (heum heum), une collègue me demande « C’est ce que tu essaies de faire ? » Ah ah, oui et non, je lui réponds que du moins ce que j’en lis me sers dans ma parentalité auprès de ma fille, mais je n’applique aveuglément ce qui peut ressembler à des recettes toutes faites telles des plats préparés de chez Picard. Elle me demande si « [tu] trouves que ce n’est pas assez sévère? ». Malaise. Je réponds en toute franchise que « Je n’aime pas ce mot, sévère. Je ne l’utilise pas parce que je n’ai pas envie de l’être » . Alors qu’elle me souriait avec un air de « tu verras avec le temps… » , comme une agréable surprise, un autre collègue approuva ma phrase (et je découvrais plus tard qu’il est sensibilisé à toue la théorie bienveillante, positive, conscience, Filliozat, Guegen, CDK bref vous connaissez le tableau !).

Alors voilà en réalité.
Je ne suis pas sévère et je ne veux pas l’être. Suis-je alors son penchant démoniaque, laxiste ? Je ne crois pas non plus. J’essaie d’être juste, empathique, et vraie. Je ne laisse pas ma fille « tout faire » : lorsqu’un de ses comportements me semble inapproprié, je l’interpelle et je le lui dis. Mais je ne veux ni la punir, ni l’humilier, ni exercer de pouvoir sur elle. Je veux lui donner une 2e, une 3e chance. La laisser apprendre de ses erreurs. Je veux l’encourager à s’exprimer, à s’expliquer, à reconnaître ses erreurs et ses tords sans qu’elle pense qu’il s’agisse de faiblesse. Je veux qu’elle sente qu’elle aie sa place dans la famille, au même niveau que nous, pas inférieure, pas moins importante. Je veux qu’elle se sente 100% en confiance avec moi, sa maman. Je ne veux surtout pas qu’elle me craigne, qu’elle me cache des choses de peur d’être grondée. Je ne veux pas que dans 30 ans, elle se souvienne et parle de moi comme de quelqu’un de sévère.Je pense que l’on peut réussir pleinement l’accompagnement de son enfant sans une once de sévérité. Pour moi ce concept n’est pas indispensable en éducation. Je ne serai donc pas plus sévère avec elle, car en fait, je ne le serai pas du tout.

 

PS: c’est difficile d’illustrer un article sur le thème de la sévérité…
alors j’ai opté pour des koalas, parce que c’est beaucoup trop mignon
et ce monde mérite de la mignonnitude à gogo ♥.

14 commentaires sur “Pas assez sévère ?

  1. Je partage tout à fait ton point de vue sur la sévérité. Moi, s’il y a un mot qui me rend dingue, c’est le laxisme. Parce que franchement, c’est quoi le laxisme? Laisser faire son enfant, ce qu’il veut, quand il veut ? Franchement, c’est possible ça? Je ne crois pas. Ne serais ce que le respect des règles de sécurité.
    En fait, généralement, le laxisme va avec l’autoritarisme. C’est la pièce double face. On laisse faire, jusqu’à en avoir marre, puis on sévit !
    Je pense que l’éducation respectueuse des enfants se hisse en dehors de cette dualité. Faudrais vraiment que je fasse un article à se sujet 😉

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    1. Je dirai qu’on ne peut être laxisme qu’envers ses propres règles : si tu définis un truc (ex : on ne monte pas en chaussures sur le canapé) et que finalement tu laisses ton enfant le faire, alors tu es dans une forme de laxisme mais cela ne se joue qu’entre toi et tes principes finalement ! Alors quand les gens emploient le mot « laxisme », je me dis que ce n’est qu’en confrontation avec leurs propres idéaux qu’ils y voient du laxisme…
      Mais c’est vrai que je n’emploie plus trop ce terme au final (je dis ça mais j’en parle dans ce même article 😄 !).

      C’est marrant car comme tu décris « laisser jusqu’à en avoir marre puis sévir » tu décris parfaitement le mode éducatif de ma belle-mère (oups !).

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      1. En fait tout ces début me rappel un cours de psycho ou on avait vu une étude (mais je n’ai plus l’étude en tête) entre 3 manières de faire pour les apprentissages: autoritaire, laxisme, et leader. Et au final ce qu’il en ressortait, c’est que autoritaire, les enfants écoutaient car ils avaient peur mais n’apprenais pas grand chose. Laxisme, c’étais pas terrible car aucun cadre. Et celui qui s’en sortait le mieux c’était leader car un certain cadre flexible et on pars de l’envie des enfants pour construire quelque chose. C’est un peu la 3ème voie que je vois se construire actuellement. Mais qui implique de sortir de cette dualité autoritaire laxisme. Mais pour moi, la menace du laxisme, c’est pour faire rentrer dans le rang de l’autoritarisme. Et puis bon, après, c’est une question de point de vue aussi. De lunettes comme dirais une certaine Maja 😉

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  2. Je te rejoins. Moi aussi je l’ai entendu que je n’étais pas assez sévère…. Et tant mieux! Et puis on ne m’a jamais dit que j’étais laxiste donc ça va!

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  3. Ton article est très intéressant. Il me parle car on m’a au contraire déjà dit que j’étais trop sévère (alors que je ne le pense pas être sévère).
    La première fois qu’on m’a dit ca c’est parce que je demande à mon bébé de ne pas entrer dans la cuisine. La règle existe depuis sa naissance (il n’a jamais été posé au sol dans la cuisine, dès qu’il a rampé, on lui a expliqué l’interdit…). Ce n’est jamais passé par des hurlements ou des punitions mais le fait d’avoir un interdit différent de la plupart des familles qui est bien respecté par notre enfant (et maintenant qu’il est plus vieux, il a compris qu’il ne rentrait dans aucune cuisine), nous fait passer pour des parents trop sévère ! Ca me parait fou.

    Par contre, on a de la chance que notre famille ne juge pas notre éducation (un peu différente de la leur) mais nous questionne beaucoup et essaie de faire au mieux. (Chapeau aux grands parents qui ont plusieurs petits enfants élevés différemment et qui essaient de s’adapter au mieux).

    Par contre, je ne suis pas d’accord avec Claire. Je connais des parents clairement laxistes (pour moi) qui en effet ont pris le parti de ne pas dire non à leurs enfants et qui ont une vision assez différente de la sécurité. Habitant en Suède, c’est même assez classique malheureusement (pour les enfants). Ce que je trouve laxiste: laisser l’enfant de 2-3 ans ouvrir la porte d’entrée et partir en courant dans la rue (bah quoi, c’est aux voitures de s’arrêter), ne manger que des bonbons le samedi (le repas est optionnel et le brossage de dent aussi), ouvrir le four seul à 15 mois (bah oui la sécurité enfant le gênait donc on l’a retiré)… Ce n’est pas un problème de transgression de règles, car en fait il n’y a pas de règles !
    (Mais il y a plein d’autres choses très sympa avec l’éducation suédoise !)

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    1. Merci de partager ton point de vue !

      Pour ce qui est de la sévérité ou du laxisme, c’est souvent une histoire de sensibilité personnelle (la preuve, tu ajoute le « pour moi » après parler de laxisme). De prime abord, il me semble étonnant de refuser l’entrée à la cuisine à un enfant (étonnant plutôt que sévère). Mais c’est tout simplement parce que je n’ai pas tes arguments et que je ne peux pas me positionner par rapport à eux 😉.

      Pour ce qui est du laxisme, j’ai du mal à en donner une définition. Laisser courir son enfant vers la route, c’est même de l’inconscience ! Une faille de notre rôle parental qui est quand même de protéger l’intégrité physique de notre enfant. L’histoire des bonbons s’apparenterait plus à du laxisme de mon point de vue…
      Dès qu’il y a une règle, ou une absence de règle, je me demande toujours le pourquoi. C’est en ayant l’explication des parents que le curseur « sévérité-laxisme » peut mieux se positionner dans mon esprit.

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      1. Pour ce qui est de l’inconscience, je suis assez d’accord avec toi mais je pense que ca dépend aussi du curseur parental. Mes amis considèrent qu’il est ok de laisser leur enfant traverser la rue en courant puisque le code de la route dit que les voitures doivent s’arrêter. Pareil, on peut jouer avec les prises électriques car normalement elles sont sécurisées (mais quid des vieux bâtiments ?), lécher les bouteilles de produits ménagers (les bouchons de sécurité ce n’est pas fait pour rien)… La sécurité aussi est une conception personnelle.
        Je pense qu’en Suède, la base pour l’éducation c’est de laisser tester l’enfant au maximum. Il sait ce qui est bon pour lui, il fait donc ce qu’il veut. Le bon côté c’est que les enfants ont souvent plus de confiance en eux et sont souvent plus débrouillard en grandissant. Le côté négatif c’est que certains parents n’ont donc aucun cadre (pas d’interdit, pas de règle, pas d’explication/de réparation en cas de problème/maladresse…) pour l’enfant ce qui ME parait assez dommageable pour lui en grandissant. Mais chacun fait ce qu’il veut avec ses enfants.

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