Ai-je une enfant facile ?

C’est une nouvelle réflexion à propos de parentalité que je vous propose aujourd’hui… J’entends autour de moi beaucoup de parents râler que « les autres peuvent parler, ils ont des enfants faciles » alors que « le mien il est difficile ! ». Dans mon entourage, la plupart des parents trouvent que leur enfant est difficile comparé aux autres… pour multiples raisons, toutes compréhensibles, mais étonnement pas forcément les mêmes. Alors je m’interroge : c’est quoi au juste, un enfant difficile ?

Et c’est quoi, un enfant facile ?
Celui qui obéit au doigt et à l’oeil ? Celui qui écoute tout d’une oreille attentive ? Celui qui retient toutes les consignes du premier coup ? Celui qui ne fait pas de crises ? Celui qui ne crie jamais ? Celui qui n’est pas très agité, qui sait rester calme ? Celui qui ne remet rien en question ?
Mais est ce que ça existe vraiment, un enfant comme cela 😅 ? Ne serait-ce pas un peu pathologique, comme comportement quotidien ?

      oui, c’est vrai, on adore quand ils sont comme ça 😀

.
On m’a déjà dit « Tu as de la chance, elle est facile ta fille, moi le mien ….. ». Non.
Non, Ty’Pêche n’est pas facile. Elle n’est pas difficile non plus.
Elle a ses jours avec et ses jours sans.
Ses jours de bonne humeur, et ses jours de mauvaise humeur.
Ses jours où elle est apte à écouter, et ses jours où ce n’est pas envisageable.
Ses jours où elle reste calme et ses jours où elle ne tient pas en place.
Ses jours où elle dit oui, et ses jours où elle dit non.
Ses jours où elle coopère, et ses jours où elle a milles autres choses en tête.
Ses jours où elle est reposée et ses jours où elle est fatiguée.
Ses jours où elle est motivée et ses jours où elle traîne des pieds.
Elle est autant facile que difficile. Mais est-ce vraiment une caractéristique à lui donner ?

Selon moi, il n’y a pas d’enfants faciles et d’enfants difficiles.
Ce sont même de terribles étiquettes que nous pouvons leurs coller-là. Imaginez, entendre dès tout petit que l’on serai « difficile » ? Comment grandir avec confiance en soi dans ce contexte ? Et entendre que l’on est « facile », ne serait-ce pas aussi réducteur et bloquant ? Comment réussir à exprimer un désaccord, un non-consentement, lorsqu’on est censé « être facile » ?
Il y a des enfants aux tempéraments différents, et des parents aux tempéraments variés aussi. Parfois les tempéraments se ressemblent, alors il est aisé de comprendre son enfant et d’agir en conséquence. L’empathie est présente facilement. D’autres fois, les tempéraments sont vraiment différents et il est alors plus compliqué de composer. On a du mal à comprendre, à se mettre à la place de l’autre. Et au-dessus de cela, il faut y ajouter les aléas du quotidien, les humeurs de chacun, les tracas, les stress, les timings. Avec tout cela, peut-on vraiment se contenter de qualifier les enfants de difficiles ? Pourquoi eux ? Tout dépend du point de vue, pour eux ce sont sûrement nous les difficiles 🤭 !
Il me semble que le maître mot est l’adaptation : faire connaissance, observer son enfant afin de comprendre son fonctionnement et pouvoir lui proposer des stratégies qui lui parlent et auxquelles il adhérera plus… Savoir prendre du recul, respirer, réfléchir la difficulté de son point de vue à lui… mais tout cela n’est pas simple car nous devons composer avec qui nous sommes, nos points forts et nos failles.

De toute façon, si la parentalité était facile, ça se saurait, non ? 😉

je n’ai hélas, jamais pu trouver la source de cette citation …. l’avez-vous ?

J.
L’exemple qui me vient en tête … Je connais plusieurs enfants de mon entourage qui ont beaucoup d’énergie à revendre, et un fort besoin de se mouvoir. Pour moi qui suis quelqu’un de très posée, ça me semble difficile de composer avec ces besoins qui ne sont pas les miens. Il me faudrai certainement un grand effort pour m’y adapter, voire vraiment prendre sur moi les jours où « j’ai pas la tête à être compréhensive ». Pour ma collègue qui est une pile électrique, c’est un bonheur d’être sans cesse en mouvement avec ses enfants !

Alors, « facile », ma fille ?
Ce n’est pas parce que je ne me plains pas, que ma fille est facile. Ce n’est pas parce que je peux parfois raconter des astuces et des situations désamorcées, que sur ma fille « tout marche » (beurk, cette expression). Ce n’est pas parce que je n’ai qu’un enfant que mon quotidien est fluide.

Hypersensibilité, sommeil compliqué, négociations alimentaires … Les occasions ne manquent pas de trouver mon quotidien difficile près de Ty’Pêche. Elle est intense à bien des niveaux. Et je crois que, parce qu’elle est justement au coeur de ce quotidien, ma fille sera toujours pour moi, plus difficile qu’un autre. Parce qu’on est « tête dans le guidon », et que les situations des autres sont plus aisées à analyser que la nôtre. Parce qu’il y a moins d’affects, moins d’enjeu, à observer et vivre les enfants des autres que notre progéniture. Pour toute l’énergie que l’on fournit, l’émotionnel, la fatigue… notre enfant aura toujours quelques niveaux de difficultés supplémentaires que celui de la voisine. Et surtout, parce que nos échecs et nos difficultés sont les points qui nous restent le plus en tête et que nous ruminons, quitte à effacer toutes nos petites victoires et nos satisfactions de la journée.

Comportement facile…. est-ce une chance ?
J’aime à penser que ce n’est pas par chance qu’elle est empathique, sensible, qu’elle semble comprendre et que parfois (parfois !) elle retient les consignes que je lui donne : c’est à la fois sa personnalité, et aussi un travail de chaque instant que je fais pour la laisser s’exprimer librement. Ce sont des questions quotidiennes, des erreurs, des pleurs et des réajustements. Au diable la chance, j’estime que mon travail maternel a une toute petite influence là-dessus, quand même, zut ! {Je devrai dire « notre travail parental » car mon mari est dans la même mouvance que moi} . Pourquoi un comportement difficile est toujours la faute du parent, alors qu’un comportement facile ne serait dû qu’à la chance ?
Et puis, faut pas rêver, des fois, pleins de fois, elle n’écoute pas, elle s’oppose, elle crie, elle tape, elle jette, elle refuse… elle est une enfant, quoi. Un être humain, même. Pas plus difficile, pas plus facile qu’un autre.

Et vous, quel est votre point de vue ?

19 commentaires sur “Ai-je une enfant facile ?

  1. Ta réflexion m’intéresse beaucoup, moi à qui on dit tout le temps- et qui dit aussi moi-même – que mes filles sont faciles. C’est une question que je me pose souvent est-ce que j’ai une chance de dingue où est-ce que c’est aussi par l’éducation que je leur donne et par mon attitude globalement apaisée qu’elles sont faciles? En réalité je pense qu’il s’agit des deux. Le fait d’avoir plusieurs enfants me permet de me rendre compte que leur caractère influe beaucoup ; mais indéniablement, je constate que j’ai aussi la chance qu’elles soient naturellement assez cool. Mais je trouve tes arguments très pertinents – on s’adapte forcément mieux a un caractère qui nous ressemble (c’est le cas de celui de mes filles), et on ne peut pas comparer avec les enfants des autres qu’on comprend et décrypte forcément moins bien!

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    1. Merci ! Je pense aussi qu’il y a les 2 facteurs : personnalité de l’enfant, et ambiance générale/ éducation parentale. Et c’est différente selon les périodes, le moral, le déroulé des journées…. Comme tout, finalement, ce n’est pas si binaire !

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  2. Mais oui, oui, oui ! Je suis entièrement d’accord avec toi ! Ce sont des étiquettes que l’on pose. Ensuite, il nous revient d’arriver à nous en défaire et de réussir à se questionner sur l’accompagnement qu’on offre à notre enfant dans telle ou telle situation. Bref, comme souvent, un vrai travail de remise en question 🙂

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  3. Très intéressant ce questionnement.
    Je pense qu’il y a authentiquement des enfants « difficiles » mais qu’ils sont très, très rares et rentrent bien souvent dans un cadre pathologique.
    Sinon, je partage tout à fait ton analyse. Une part de personnalité, une part de point de vue où l’on se place, une part d’adaptabilité parentale.

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    1. Si on considère la pathologie psychiatrique, avec des fonctionnements psycho vraiment différents et atypiques, ou alors des cas de stress post-trauma par exemple, effectivement on peut admettre un niveau de difficulté important pour les parents. Je ne côtoie aucun enfant atteind de troubles (majeurs ou même mineurs) donc je ne me permettrais absolument pas d’émettre d’opinion à ce propos, du coup 😊

      Je suppose que de par ta profession, tu as dû en rencontrer ?

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  4. Cette question est très intéressante ! Elle m’interpelle car je suis du coté de celles à qui on dit très souvent que mes filles sont faciles ! Je dois avouer que je le dit moi aussi parfois. Mais ce que je mets derrière ces quelques mots ne décrit pas pour moi leur caractère mais plutôt des faits : elles n’ont jamais été beaucoup malades, elles ont fait des nuits complètes et des siestes régulières très tôt, la diversification s’est faite sans heurts et je n’ai jamais connu de soucis non plus avec mes allaitements. Donc de ce point du vue là, je crois qu’il s’agit surtout de chance.
    Mais coté comportement, je ne saurais pas dire si elles sont plus faciles ou difficiles que d’autres enfants ! Comme tu le dis, je crois que ça dépend aussi beaucoup du caractère du parent.

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    1. En effet les maladies, le déroulé de l’allaitement, le sommeil… c’est un peu le fruit du hasard et de la chance !
      Pour ce qui est du caractère c’est ce que je crois : selon qui on est nous, déjà, on ne trouvera pas facile les mêmes choses !

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  5. Intéressante question ! Je suis d’accord avec toi, ce que beaucoup entendent par enfant facile, c’est enfant soumis et calme comme une plante verte. Mais mon côté je crois que si, il y a des enfants « difficiles ». Je mets des guillemets, car comme tu le dis, on ne colle pas l’étiquette « difficile » sur le dos d’un enfant, ça ne l’aide pas. Cependant, la vérité m’oblige à dire que parmi mes enfants, un est plus « complexe » que les autres. Plus rebelle, d’expression émotionnelle plus intense, avec des colères plus impressionnantes et plus longues, moins facile à apaiser. Tu parles pour ta fille de jours calmes et jours agités. Chez moi, il n’y a pas un seul jour calme. Jamais. Ou alors c’est qu’il est malade. Pas un jour où je ne sois obligée de l’empêcher de faire tel ou tel truc. Pas un jour ou il ne se mette à hurler au moins une fois. Et ce n’est pas pathologique : il est capable de jouer calmement, il est parfois timide et observe dans son coin, ce qui exclut un TDAH.
    Pourtant il est arrivé dans un couple et une fratrie aimants, il était désiré, il est choyé, etc etc… Je ne m’explique pas cette différence qui parfois, il faut bien le dire, génère des tensions. Cet enfant-là est du style à nous défier juste pour le plaisir. En faisant ce qu’il sait être dangereux ou interdit (et pourtant, je suis du style à laisser expérimenter plein de choses). Donc je crois qu’il y a vraiment une question de personnalité profonde. Il est rebelle aux instructions des adultes, même si elles sont mesurées et justifiées. Et oui, c’est difficile à vivre par périodes, en tant que parents, car c’est épuisant.
    En revanche, cela ne m’affole absolument pas pour la suite : je suis persuadée que cela sera un adulte merveilleux, original, libre, indépendant. Je ne cherche pas à le brimer ni à casser sa personnalité, bien au contraire. Juste à la canaliser, ce qui suffirait amplement.

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    1. {Quand je parlais de « jour avec » et « jour sans », c’était pour la syntaxe, je trouvais cela plus fluide. En réalité, une bonne journée est une journée où nous avons entendu moins de 50 « non » dans sa bouche 🤪 ! Bref il ne s’agit pas de jours mais plus précisément, d’instants}
      {Ceci dit, nous sortons d’une semaine de virus intensifs et j’ai pu expérimenter ce que peut-être un enfant « facile » : elle était incroyablement coopérante et docile… ça a l’avantage d’être reposant !}

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    2. Je ne vous connais que vaguement et je ne me permettrais donc aucune affirmation, mais la description de ton enfant me fait penser à ceux qu’on peut nommer les BABIs (mea culpa car je parle de ne pas mettre d’étiquettes sur nos enfants, et en voilà presque une!) ou plus communément, une personnalité hypersensible ? Je te dis ça car je commence à me renseigner à propos de l’hypersensibilité, parce que nous nous sommes fait la réflexion avec mon Mari, que notre fille a l’air vraiment…. vraiment sensible. Que ce soit tactile, sentimental, visuel, perceptif ou auditif. Et pour ma part je trouve cela déroutant, épuisant, parfois envahissant, bref difficile au quotidien.
      OEt tu le dis très bien, ce que je voulais souligner : ce n’est pas l’enfant qui est difficile, mais la situation plutôt, qui est difficile à vivre, en fonction de X et Y paramètres, dont les personnalités qui sont des facteurs de poids !
      Je ne doute absolument pas de l’amour et du respect que tes enfants peuvent recevoir de vous ♥

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  6. Je trouve ta réflexion très intéressante car je ne m’étais jamais posé la question comme cela ! J’ai l’impression que, de manière général, l’éducation est bien plus facile que ce à quoi je m’attendais. J’ai grandi dans une famille ou l’autorité devait être respectée et c’est tout, du coup chez nous il y avait beaucoup de crise et de rébellion. Je m’imaginais qu’élever un enfant c’était faire face à des crises au quotidien, sans répit. Finalement je m’aperçoit qu’en prenant le temps, en expliquant, en négociant, on ne rencontre pas tant de crises que ça. C’est donc à ce moment là que je me demande si j’ai juste de la chance, si mon enfant à un caractère plutôt conciliant, si je m’y prends bien… ou si c’est un peu des trois !

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    1. Wahou alors par contre, c’est la première fois que j’entends quelqu’un dire que l’éducation est plus simple qu’elle ne l’imaginais !
      Ceci dit, moi je ne m’attendais à rien de spécial alors j’ai pas de « bonne » ou « mauvaise » surprise.
      En tout cas oui, ta situation actuelle est sûrement un petit mélange de ces 3 choses !

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      1. Je pense que mon impression que c’est plus facile que ce à quoi je m’attendais et du à la très mauvaise image de la parentalité qu’on m’avait dressé. J’ai tellement entendu dire que ça serait difficile, que je ne vivrais plus, je dormirais plus, n’aurait plus de temps pour rien que je m’attendais a plus de mauvais que de bons moments, sauf que je trouve que c’est tout l’inverse !

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  7. Encore un article très intéressant. Je dis souvent en discutant avec mes amies qu’untel à l’air plus facile ou difficile… Mais je ne dirai jamais à un enfant qu’il est difficile. (Comme je crois qu’on ne devrait jamais dire à un enfant qu’il est une erreur ! ) Car pour moi c’est jamais de sa faute.

    C’est souvent un abus de langage pour dire que s’en occuper est difficile. Car, je trouve qu’un bébé avec des coliques et des reflux est difficile. Ce n’est pas de sa faute mais en prendre soin est toujours plus compliqué, plus intense et mois agréable.
    On peut avoir l’option bébé avec petits problèmes de santé, qui dort peu, qui ne supporte pas la voiture, qui a besoin de s’exprimer beaucoup, qui est très énergique… Ca fait souvent des journées plus difficile à supporter.

    Ce qui m’horripile plus c’est quand j’entends pour des enfants « Oh tu as de la chance, ton fils/ta fille est facile… Machin a mal élevé son enfant. » Si ca se passe très bien (en apparence au moins), c’est de la chance; si ca à l’air plus compliqué, c’est de la faute des parents !

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