« La honte ! »

8 Mars.
Encore un 8 Mars qui sera, plus que jamais, utile. Je rêve d’une année où le 8 Mars sera un jour plus banal que le précédent et le suivant. Mais ça ne sera pas pour 2020.

2020 où la France récompense un homme qui a, disons le franchement, sodomisé une fille de 13 ans et n’a effectué que 40 jours de prison pour cela avant de fuir vers des contrées plus clémentes. Nous ne savons pas combien d’autres jeunes filles, qu’il affectionne tant, ont subit le même sort.

Mais en France, pays de vieille bourgeoisie intello pédante et élitiste, « on » sépare l’homme de l’artiste. « On » distingue le génie artistique du membre testostéronné qui pénètre les adolescentes après leur avoir fait ingurgité une substance hypnotique. « On » applaudit à tout rompre le talent d’un criminel. On lui refile même de la thune pour ça..
Je ne critique pas ce talent. « Pol » en a, c’est certain. Mais le fait est qu’on ne devrait même pas être en mesure de discuter ce talent. Il ne devrait pas être en train de filmer, ce type. Il ne devrait pas avoir une renommée, un public, des acteurs et actrices qui sont contents de jouer pour lui, des producteurs qui lui signent des chèques, des Cérémonies qui adulent son travail. Ça ne devrait pas exister, tout ce bordel.

Pourquoi se permet-on de fermer les yeux sur ces horreurs ? Pourquoi un gars qui filme des gens qui récitent des textes, il a le droit à ce qu’on le sépare de ses crimes ? Pourquoi il y a encore tant de gens qui trouvent cela normal ?

Est-ce que les victimes sont en mesure de se séparer de leurs parties intimes endolories de l’horreur, l’intrusion, la violence, l’irrespect ? Est ce qu’elles doivent elles aussi admirer le talent, le génie artistique ? Quelle est leur vie avec cette double peine, celle du viol à laquelle s’additionne celle du dédain général ? A quel moment, dans ce monde, a-t-on décidé qu’on allait se courber devant le monstre et cracher au visage de l’innocent ?

Non. Non, c’est tout bonnement inacceptable.

Adèle Heanel, César 2020. A l’annonce de la victoire de R.Polanski, elle se lève et quitte la salle en clamant « LA HONTE ! ».

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2020, c’est l’année où « on se lève et on se casse » . C’est l’année où elles l’ouvre. Elles, ce sont les femmes violées. Les quelques 75 000 femmes violées chaque année (le chiffre est sous-estimé). 205 par jour. 9 par heure. Un viol toutes les 6 minutes. Une réalité glaçante sur laquelle nous devons cesser de fermer les yeux.
Elles, ce sont aussi les femmes abusées. Harcelées. Violentées. Séquestrées. Sous-payées. Elles, ce sont les femmes. Simplement.

2020, c’est l’année des mots de Adèle Heanel, de Virginie Desportes, de Sarah Abitbol. C’est l’année où on ne lâche rien, l’année où on en a marre, l’année où la coupe est pleine de ces regards qui se détournent et de cette hypocrisie générale.

2020, je raconterai à ma fille que c’était l’année où une fois de plus, nous eûmes besoin d’une Journée de lutte pour les droits des femmes. Où une fois de plus, la société crachat au visage de la moitié de la population. Mais c’était aussi l’année où des actes, des paroles, du courage, de la sororité a émergé et m’a rendu, plus que jamais, fière de mon utérus et déterminée à le défendre..
Je ne veux plus dire que je suis féministe. Je suis anti-sexiste, parce que ce n’est pas MA façon de pensée qui est à définir : c’est le sexisme qui est à pointer du doigt. La normalité doit changer de camps.

Et tant que ça ne bouge pas, on se lève, et on se casse.

à lire : la tribune grandiose de V.Desportes dans Libé.

3 commentaires sur “« La honte ! »

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