Diaboliques écrans

C’est un sujet fétiche des médias depuis quelques années : ces horribles écrans qui rendent nos enfants idiots et incapables (peut-être pas que nos enfants, d’ailleurs 😏).
C’est un sujet sur lequel j’avais un avis catégorique : ma fille ne sera pas exposée aux écrans avant ses …. euh je sais pas, mais pas avant longtemps en tout cas.
C’est un sujet sur lequel j’ai eu beaucoup de réflexions, d’ajustements, de regards critiques envers ce qu’on peut en lire et en dire.

Aujourd’hui j’aimerais partager avec vous, notre cheminement à propos des écrans, ou la gangrène moderne.

Gangrène c’est un mot fort, mais c’est comme cela que je le ressens : télévision, ordinateur, smartphone, tablette… à domicile, au travail, même dans les rues, les magasins, les services publics : les écrans sont omniprésents. Dire qu’il y a 100 ans, ce mot n’existait pas … et aujourd’hui, soyons honnête, nous ne vivons pas sans eux (je ne dis pas que nous ne pourrions pas, je dis plutôt que nous ne le faisons pas). Hier* encore j’ai pris le tramway, et quand j’ai levé le nez vers ma dizaine de voisins, j’ai constaté que j’étais la seule qui n’avait pas son téléphone. Ce qui est plutôt rare, car je suis bien comme tout le monde : habituellement, à la moindre minute de libre, mon pouce glisse instinctivement sur mon écran ! Eh oui car bien sûr, chez les Sweet, nous sommes de la génération écranphile et connectée.

Dans notre Home sweet home, il y a :
une TV qui n’est pas reliée à l’antenne ni à une box TV (oui je sais, c’est particulier). Nous l’utilisons pour les jeux vidéo, Netflix et les applis de replay. Jamais de télé en « fond sonore » donc. Et nous ne sommes absolument pas au courant des dernières émissions en vogue, des pubs du moment ou de la couleur de chemise du présentateurs du 20h.
un ordinateur fixe, le seul PC de la maison. Nous l’utilisons pour la paperasserie, des recherches, du loisir, les réseaux sociaux et accessoirement, ce blog 😁
un smartphone par adulte, utilisation pour ses fonctions de téléphone mais également les applis et l’internet.
une tablette qui n’a pas été rechargée depuis au moins 6 mois.
Sweet Chéri travail dans le domaine informatique : il fait le choix que son PC reste sur son lieu de travail*. Moi je suis infirmière, j’utilise quotidiennement l’ordinateur également mais ils appartiennent à mon employeur et ne quittent pas le service.
Bref, vous l’aurez comprit, pas une journée ne passe sans que nous n’utilisons nos écrans.

Dans ce contexte, vouloir que ma fille n’aie aucun contact avec les écrans était difficile mais pas irréalisable. Ma petite tête de maman-parfaite-car-nullipare s’était imaginée une journée en compagnie de bébé, sans écrans et dans la bonne humeur, puis un enfant paisiblement endormis à 20h00 et une soirée série, jeux vidéo et internet en couple. Mouhaha 🤦‍♀️.
Quand elle était nouveau-né, c’était finalement facile : il suffisait simplement de ne pas l’orienter vers l’écran au cas où celui-ci était allumé. Plus elle se déplaça et plus cela demandait de l’adaptation (notamment, bien sûr, le non allumage des-dits écrans). Sauf que la vie nous a offert un bébé BABI et insomniaque, et qu’en tant que bons écranphiles que nous sommes, il nous a vite apparu compliqué de nous dire « Pas grave, on allumera quand elle dormira »…. Quand elle quoi ?

Ma représentation versus la réalité
Je me suis alors confronté à une difficulté : l’envie de Chéri de vouloir vivre comme il le souhaitait (c’est à dire qu’à un moment donné dans la journée, il avait envie d’allumer le PC ou la console, et ce avant 23h30 ). Une envie que je partageais un peu, il faut le dire. / VERSUS / l’omniprésence de notre fille dans la pièce de vie à toute heure du jour (micro-siestes de 20 minutes, suppression de la sieste du matin à même pas 12 mois, réduction au minimum de 1h30 voire 45 minutes de la sieste de l’après-midi) et de la nuit (coucher extrêmement tard… 22h … 23h… plus encore ?).
Dans un contexte pareil, notre frustration était grande : nos loisirs de jeux vidéos, séries, films (déjà qu’on n’allait plus au cinéma) était fortement mis à mal. Une ressentiment désagréable envers notre fille (version polie) émergeait en nous, ce qui n’aidait pas à apaiser le climat du soir.
Alors, comment faire ?

Mon cheminement
Notre meilleure arme, et elle est primordiale, fut de discuter : chacun mit carte sur table ses envies, ses frustrations, ses options. Chéri voulait qu’à 22h maxi il puisse allumer les écrans. Il m’a aussi exposé son point de vue : ne pas faire des écrans nos ennemis, car il s’agit d’une réalité omniprésente de notre génération et donc de celle de Ty’Pêche. Une utilisation accompagnée lui semblait plus pertinente.

J’ai aussi appris à être critique vis à vis de l’alarmisme que l’on voit … sur nos écrans, paradoxalement. Vous n’êtes certainement pas passés à côté du visuel qui compare les dessins des enfants qui regardent plus de 3 h quotidiennes, versus ceux qui regardent mois d’1 heure … De prime abord, c’est flippant, mais quand on prend un peu de recul, on se rend compte que ce dessin circule seul sans l’Etude en question sourcée, sans contexte, sans élaboration… Cet article ici est un bon début de regard critique sur les images et les infos complètements hors-contexte que l’on voit tourner sur les réseaux sociaux. [bien entendu, si l’on cherche un peu, on trouve les origines de ladite étude et tous les détails concernant sa mise en place et ses conclusions 😉 encore faut-il s’en donner la peine].

Enfin, je suis extrêmement mal à l’aise de devoir interdire l’accès aux écrans à ma fille alors que j’y passe pas mal de temps, et ce souvent sous ses yeux : je consulte mes mails, je fais de la paperasse, je regarde mes RS (trop. trop. trop. Alors qu’il ne s’y passe rien d’incroyable, hein.), je réponds à un sms, Chéri joue… Bref, nous sommes sur nos écrans, et nous devrions dire à notre fille de ne pas les regarder ? C’est tout simplement hypocrite et injuste, des valeurs que je n’ai pas envie de véhiculer.

Parents écrans, mauvais parents ?
Nous avons donc décidé de ne pas nous priver intégralement des écrans devant notre fille : lorsqu’il est tard le soir, qu’elle ne dort toujours pas, et que nous sommes à bout, que nous avons envie de nous détendre : tant pis la lumière bleue et l’excitation des images abstraites, nous allumons PC ou TV si nous en avons envie. Nous consultons également nos téléphones devant elle, mais nous disciplinons à ce que cela arrive le moins possible (dur dur, d’éliminer ce réflexe idiot que l’on a prit !). Quand même, la grande majorité du temps (c’est à dire en journée, avant 21h en fait) TV et PC sont éteints. Nous les allumons parfois durant la sieste, le weekend. Pour le recul que j’en ai aujourd’hui, je trouve que c’est un bon compromis : en tout cas, c’est celui que l’on a trouvé qui puisse satisfaire nos habitudes de vie ET la prudence que l’on doit avoir concernant les écrans et les enfants.

Cependant, nous ne limitons pas l’usage des écrans à nous seuls. Voilà ma réalité de la honte : ma fille a regardé ses premiers dessins animés vers ses 18 mois (environ, je ne sais plus vraiment). Il s’agissait de petits épisodes de quelques minutes. Ce n’était pas quelque chose d’obligatoire, ni de salutaire, et c’était même totalement inutile de lui faire découvrir ce loisir mais nous l’avons fait…

C’est elle qui a rédigé cet article 😉

Aujourd’hui à 30 mois passés (2 ans et demi), elle regarde régulièrement des épisodes animés, à raison de 20 minutes dans la journée (30min maxi). Régulièrement signifiant : pas TOUS les jours, mais c’est tout de même récurent.
Nos règles sont  :
– visionnage uniquement sur la télévision, assise sur le canapé,
pas livrée à elle-même devant la télévision,
– elle choisit ce qu’elle veut regarder parmi une sélection que NOUS avons fait,
le temps est limité à un (ou quelques) épisode(s) dont le nombre est définit par avance. Cette notion de X épisodes, elle ne la comprend qu’aujourd’hui à 2 ans et demi : avant c’était totalement abstrait.
Au début, lorsque l’on éteignait la TV, elle changeait de centre d’intérêt aussitôt et cela se passait très bien. Puis vers ses 2 ans, couper la TV était difficile pour elle et les pleurs étaient de mise (même s’ils étaient très courts). Nous l’avons accompagné dans cette frustration, nous ne l’avons jamais réprimandée (puisqu’après tout, c’est nous qui avions induit tout ceci). Désormais, comme elle sait compter 1;2;3 épisodes, elle sait aussi relativiser la fin de la session TV et je l’accompagne à rebondir vers une autre activité.

J’envisage de réviser ces règles avec l’entrée à l’école, car il ne me semble pas pertinent de lui offrir les écrans après (et encore moins avant) une journée scolaire. Mais nous verrons en temps voulu.

Sans entrer dans le côté « télévision, nounou des parents » , je dois bien avouer qu’une session TV est bien pratique lorsqu’il s’agit de faire une tâche qui me demande concentration ou liberté de mouvement et que, pour X raisons, je ne peux reporter cette tâche à plus tard !

Et les jeux vidéos ?
Ahahah ! c’est une blague bien sûr. Étant un couple de gameurs, lorsqu’elle le demandera nous ferons découvrir, selon ses capacités, les jeux vidéos à notre fille. Elle y adhèrera ou pas. Notre avantage est que nous nous y connaissons très bien et savons parfaitement ce qui peut être adapté, de ce qui ne l’est pas. Mais pas avant dans… ouhlà… fort longtemps, hein ;).

Documentation
Je sais qu’il existe des livres (notamment le best seller récent de Desmurgets [la fabrique du crétin digital]) qui relatent les dangers des écrans. Je ne les ai pas lus, et je n’en n’ai pas l’envie. Certaines informations relativement approximatives m’ont été rapportées de ce bouquin, qui m’ont un peu braquée pour le moment. Et puis il y a certainement une part de moi qui craint ce que pourrai me renvoyer ce genre d’écrits. Bref, je n’en parlerai donc pas.

Au final
Cet article n’est pas un plaidoyer pour la télévision, ce n’est pas une marche à suivre et vous l’aurez comprit, il ne conseille rien du tout. Cet article est juste un état de fait, de comment nous nous sommes débattu entre nos habitudes de vie, les recommandations envers les écrans et la réalité de notre quotidien avec Ty’Pêche. Je n’assume même pas vraiment que ma fille connaisse déjà les prénoms de tous les chiots de Pat’Patrouille, je suis dépitée lorsqu’elle me demande la TV dès le réveil au petit matin, et je reconnais que les dessins animés ne lui apportent rien d’autre qu’un peu de plaisir. Je ne sais pas si ce que l’on fait est « bien » ou pas. Je n’adhère ni aux discours laxistes « Booooh faut vivre avec son temps ! » ni aux alarmistes « Les jeux vidéos crééent des terroristes violeurs fumeurs de cannabis, c’est le mâââl ! ». Je voulais plutôt apporter un témoignage d’imperfection dans un monde toujours, il me semble, un peu trop radical 🙂 et partager tout cela avec vous !

Et toi, comment gères-tu le rapport aux écrans de ton/tes enfants ? As-tu réussis à maintenir le cap de tes principes ?

*article initialement écrit en Janvier 2020
Depuis, le CoronaVirus-19 règne !
il n’est donc plus question de tramway
et Chéri télé-travaille 😉 .

 

5 commentaires sur “Diaboliques écrans

  1. Et ça fait du bien de le lire ! Comme tu le dis les écrans sont partout… Et chacun compose avec sa réalité. Comme toi, je prône l’entre deux. Ni de blâmer ceux qui le font, ni de dire « ça va c’est rien ». Juste trouver un juste milieu qui nous convient. La réalité quoi. L’imperfection.

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    1. merci de ton message ! Voilà, je voulais parler de MA réalité, différente de celle de ma voisine. On a trouvé ce milieu qui nous convient … mais cette histoire de confinement va remettre en question quelques principes peut-être ? A voir …

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  2. L’usage raisonné est bien différent en conséquences de l’usage intensif.
    Je vois en consultation des enfants de 2 3 ans qui passent 1 à 2h par jour devant la télé, tous les jours! Ceux là, c’est sûr que leurs dessins risquent d’en prendre un coup !

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