Journal de crise – Chapitre 1 : et si c’était vrai ?

16 Mars 2020.

Assis sur le canapé, nous attendons l’allocution du président de la République française. Emmanuel Macron, je le déteste, ce qu’il me renvoi d’image de libéralisme, d’argent, de coupe budgétaires pour assouvir les désirs actionnaires, de destruction des services publics, de dédain, de pédance…. Je le déteste. Pourtant, ce lundi soir, nous avons à la fois hâte, et peur, d’écouter ce qu’il a à nous dire. Et pour une fois, je vais le trouver gentil, très gentil, bien trop gentil.

Il y a 4 jours, M.Macron nous annonçait la fermeture des collectivités d’enfants et ça me faisait encore hausser les épaules. C’est vrai que c’est mieux. Probablement. Possiblement. Puis Édouard Philippe nous a grondé, irresponsables français, et a durcit les restrictions. C’est là que je me suis dis « Oups ». Oups, on a merdé. Et j’ai l’impression qu’on a carrément merdé de fou même. Nous la population, eux le gouvernement, là-bas dans le monde : tous, nous avons merdé. Nous avons regardé de haut la Chine, et ri d’eux. Quelle bande de foutus cons nous faisons.

D’une voix grave, M.Macron nous demande de rester chez nous. Enfin, sauf pour travailler si on n’a pas le choix. Et sauf pour manger aussi. Et sauf pour se soigner bien sûr. Et sauf pour faire les courses de nos proches fragiles. Et sauf pour s’aérer. Et pour faire du sport, mais seul. Et pour promener son chien. C’est tellement la France, on dirait une leçon de grammaire : Sauf, sauf, sauf. Bien sûr, on ne peut pas rester totalement confinés : il y a des indispensables. Mais je ne sais pas, j’ai comme l’impression que ça va encore foirer, tout ça…

Je suis infirmière. Je vis et travaille près de Nantes : nous sommes loin loin du Grand Est, celui qui trime et qui souffre, celui qui ne dort pas et qui enterre à tour de bras dans cette grande débâcle du coronavirus. Nous ne réalisons pas encore, car dans le département de l’Atlantique, pour l’instant, on arrive à gérer. A accueillir. A soigner. Dans mon service, on n’a pas de cas Covid+, on n’a même pas de suspicion, pas de contact, rien. On vit dans une bulle ? Pour combien de temps ? On fait partit de ceux qui sont « en soutien » des réa et des urgences : on va recevoir les patients lorsque le CHU de pointe ne pourra plus. Je travaille en contact avec des personnes pour la plupart âgées, atteintes de maladies chroniques, immunodéprimées, et poly-pathologiques. Nous ne nous faisons pas d’illusions : le jour où Coco frappera à notre porte, il va faire mal. Très mal. Peut-être est-il déjà parmi nous ? Qui est porteur sain, qui sera celui ou celle qui le disséminera ?

Depuis vendredi, et chaque jour un peu plus, on sent une pression monter. C’est puissant, c’est flippant. Chaque heure, de nouvelles recommandations tombent. Il est désormais interdit de Ci. Il faut désormais respecter Ça. On ré-organise les locaux pour que les distances de précautions « tiennent », on astique chaque galon de porte, on flique les patients qui n’ont plus le droit de frôler le moindre pan de mur. On commence à compter nos masques, on a mit sous clé nos flacons de solutions hydro-alcoolique, on surveille également nos stock de désinfectants. C’est anxiogène, j’ai une vague impression de Gestapo.

Alors voilà, c’est dit. A partir de demain, midi, un confinement à exceptions commencera en France, et ce pour 15 jours renouvelables. Nous sommes en guerre, qu’il a dit. Mais j’ai pas l’impression qu’on se donne la peine d’avoir toutes les armes et les défenses entre nos mains …

... à suivre …

5 commentaires sur “Journal de crise – Chapitre 1 : et si c’était vrai ?

  1. J’habite la bourgogne, mes parents le jura. Des régions / départements qui touchent l’alsace, si durement impactée. Chez nous, DIJON, BESANCON, ça y est: les réa sont saturées. Le triage a commencé entre les + de 60 ans et les – 60 ans. Personnellement, j’ai peur. Profesionnellement, je suis psy et je dois sortir de cette sidération et accompagner les soignants, les patients. C’est dur. Il y aura un avant et un après le COVID-19, il y aura du traumatisme, des deuils difficiles voire impossibles. Ca va être dur. A 28 ans également, je ne pensais pas vivre ça dans ma vie.

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    1. Quelle tristesse 😥 je te souhaite beaucoup de courage dans cette terrible épreuve qui se déroule en ce moment devant nous. Et du soutien dans ta profession, accueillir tout cela doit être très dur !

      Je me connais, Je sais que je suis plongée en plein processus de défense, un genre de déni flotte encore en moi. Quand je verrai les ravages du Covid-19 de mes yeux, je vais tomber de haut …

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