Notre bienveillance à l’épreuve de 8 semaines de confinement.

Ce 30 Avril, avait lieu la 17ème journée de la non-violence éducative ; en France, c’est Catherine Dumonteuil-Kremer qui en est à l’initiative. Son but était d’organiser des échanges autour des VEO (violences educatives ordinaires) et de mettre du lien autour des parents pour un accompagnement vers la suppression des violences éducatives.

Ce 30 Avril 2020, cette journée qui célèbre le respect de l’enfant s’est déroulée… à huit-clos, France confinée oblige. Sarcasme de la vie, quand tu nous tiens.

Alors, ce confinement, comment ça se passe chez les Sweet ?

Notre situation depuis le 16 Mars.
Chez nous, le confinement c’est :
– une Ty’Pêche qui n’a plus de moyen de garde,
– un Chéri qui a tenté de télétravailler ET de garder Ty’Pêche, mais devant l’ampleur de la tâche, s’est résolu à prendre un « congé de garde d’enfant » ,
– une Nanakie qui a poursuivi son job à temps plein.
Je prends à ma charge la totalité des déplacements hors de la maison, donc les courses, ravitaillement, pharmacie… Chéri et Ty’Pêche ne sont pas sortis de la maison/jardin les 4 premières semaines, puis se sont autorisés quelques balades dans le sous-bois près de chez nous les 4 suivantes.

Comment nous le vivons
Bien évidement, ce paragraphe mériterait un article à lui seul, m’enfin je vais essayer de vous la faire courte :
– Ty’Pêche oscille entre le bonheur de vivre sa meilleure vie, et le besoin sous-jacent de voir du pays,
– Chéri a vécu le début en mode un peu « vacances » avant de commencer à sentir très très à l’étroit et en manque de sociabilité,
– Moi, j’ai d’abord eu vachement de mal à accepter le fait de ne jamais avoir de moment solo (alors qu’habituellement, grâce à mes horaires décalés, j’ai des moments seule et tranquille dans mes semaines). Puis je m’y suis faite, et j’ai apprécié l’absence de contraintes de planning (Vous savez, le « dépêche-toi le matin » et « y’a pas le temps le soir » ?).

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Comment on s’est organisé durant ce confinement

LA grande question parmi mes amies et collègues, c’était « Doit-on, et comment, maintenir un rythme pour les enfants? » . Ne pas leur faire perdre les habitudes, les horaires, le rythme scolaire pour ceux qui allaient à l’école…
Chez nous, la question ne s’est pas vraiment posée en fait… Cette période étrange, où ni Ty’Pêche ni Chéri n’avait d’obligations, a été l’occasion de vivre à leurs rythmes, sans être pressés par le timing. Et il faut être honnête : le timing, c’est 50% des prises de tête du quotidien avec un enfant. Rien que le matin, il ne se lève pas à la bonne heure (trop tôt le weekend et trop tard la semaine), ne s’habille pas assez vite, ne mange pas assez proprement, ne met pas les bonnes chaussures et traînasse trop à enfiler son manteau… Aucun de nous n’avons eu envie de s’infliger cela pour le plaisir ! Car oui vraiment, notre maître-mot (qui est déjà un peu le cas en temps normal) a été : Pas de contraintes inutiles, la contrainte du confinement étant déjà très limitante pour nos santés mentales !

Alors, durant ces 8 semaines, nous n’avons :
– jamais imposé d’heure de réveil à Ty’Pêche
– jamais imposé la quantité ingérée à aucun repas (en revanche nous avons quand même veillé au contenu, hein)
– jamais imposé l’habillage si elle ne sortait pas au jardin (et nous avons clairement vu une tendance tshirt-couche émerger)
– jamais imposé les vêtements qu’elle devait porter SAUF en cas sortie en temps de vent (une situation qu’elle a encore du mal à gérer)
– élargit l’autorisation aux écrans, dans des mesures que nous avons rediscuté entres adultes (eh oui, Ty’Pêche n’a pas été concertée)
– pas imposé le coucher en terme d’horaire (« c’est l’heure de dormir ») mais en fonction de son état de fatigue (« tu sembles/es fatiguée, il faudrait que tu ailles te coucher pour te reposer ») -> Ce point-là a clairement été le plus houleux et le plus difficile à tenir, j’en reparle plus bas.
– favorisé encore plus l’expression des émotions de chacun : il me semblait important que chaque membre de la famille puisse dire sa fatigue, sa peur, son énervement, sa colère, sa lassitude, son raz-le-bol (et aussi les émotions plus fun, hein !).
– banni la pression du « parent ferme qui ne cède pas » : sans être « laxiste » ou je-m’en-foutiste sur ce que demandait et faisait notre fille, nous avons conservé peu de règles impondérables, en clair : on a choisit nos combats, et on en a gardé très peu.

option alcool et crème glacée le soir : pas de pression qu’on a dit.

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Et nous vécûmes un confinement heureux et serein

Haha ! Non.
Non, ce confinement, même s’il ne fut pas traumatisant ni insupportable, n’a pas non plus été un parcours de santé. Dans la vie, nous ne sommes plus habitués à vivre ensemble (ce qui est assez paradoxal avec la notion de foyer, de famille) alors devoir le faire de façon obligatoire et restreinte, c’est quand même pas de la tarte. Les besoins des uns et des autres se sont souvent entrechoqués et emberlificotés, et il y a parfois eu des incompréhensions, des débordements, des colères, des pleurs et Ouf ! des câlins aussi 💕.

Bienveillance, j’écrirai ton nom…
…au sang et à la sueur de mon front. Rester bienveillante avec ma fille pleine d’une énergie qu’elle avait bien du mal à dépenser, désireuse de sortir tour à tour à la bibliothèque, à la crèche à la piscine, au parc et au carrousel ; comprenant probablement approximativement les raisons de cet enfermement et de l’éloignement d’avec nos familles ; et d’un Chéri frustré de ne pouvoir proposer de sortie à sa fille, las de jouer aux Duplo et à la pâte à modeler à longueur de journée, ayant quitté son travail du jour au lendemain avec un goût de « laissé en plan », et un fort besoin de côtoyer un autre adulte que moi-même ; le tout en poursuivant mes 38heures /semaine dans le milieu soignant et ce qu’il comporte de stress, de précautions abracadabrantesques et d’inconnu quand aux réalités de la maladie… Vous ne vous souvenez pas du début de cette phrase ? {Ça vous donne une idée de ma tête à la fin de mes journées} Ça commençait par le mot « bienveillance » et effectivement, certains jours on ne se rappelait plus de ce terme… Parce que je ne me sentais pas les épaules de supporter toutes ces tensions !

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Et comme d’habitude, les angoisses de Ty’pêche se sont exprimées via les difficultés de sommeil, avec des couchers à rallonge et des endormissements compliqués (ceci dit, les nuits furent relativement paisibles, amen 🙏). Toi-même tu sais, 21h00, le moment crucial où tu as vraiment envie de poser ta casquette de maman pour te centrer, enfin, sur ton petit nombril et remplir tes besoins inassouvis … et ma fille qui répond à mon « Bonne nuit » par un bal de questions existentielles « c’est quoi ton travail maman ? » « Il va où le chocolat après dans ma gorge ? » « C’est quoi un volcan ? » « On va voir des chiens-sirènes ? » « Ils vont partir quand les microbes ? » 🙄 well well well… Je tente donc, chaque soir, d’apporter des réponses à ses questions mais surtout d’en limiter le flux car ce n’est pas nécessairement des infos qu’elle souhaite, mais bel et bien un besoin de canaliser des angoisses qui explosent une fois la nuit tombée (entre deux bâillements et des yeux qui n’arrivent même plus à s’ouvrir). Et… c’est pas facile, franchement.

I want to break free
Au final, ce confinement fut l’occasion de vivre toute une palette de sentiments et de moments inédits :
– réaliser, si ce n’était déjà fait, mon fort besoin de solitude,
– paradoxalement, apprécier la présence de mes amours au quotidien,
– savourer de voir notre fille évoluer sous nos yeux,
– prendre plaisir à lui apprendre et faire découvrir plein de choses,
– mettre nos nerfs à rude épreuve, galérer à canaliser les énergies, le stress, les cris des uns et des autres,
– crier, crier, crier,
– respirer, s’isoler, souffler,
– se rendre compte de ce qui nous manque réellement,
– se réinventer
– lâcher du leste (si ce n’était pas encore le cas) et redéfinir ce qui est réellement important,
– discuter avec d’autres parents pour vider son sac et dédramatiser,
– se faire des bisous, des câlins, chahuter, se chatouiller, inventer des mots, rigoler !

séance de chahut-chatouille déguisés pour vider les batteries avant la nuit !

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Je ne sais pas encore ce qu’on retiendra de cette période bien étrange, on verra dans quelques temps pour le bilan… Je sais aussi que j’angoisse à l’idée de les déconfiner la semaine prochaine : je les trouvaient si bien à l’abri dans notre Home Sweet Home ! Alors on va profiter de ces derniers jours ensemble (je suis en congé donc on va vraiment profiter en famille), on va encore jouer/ râler/ découvrir/ rigoler/ crier/ pleurer/ se fâcher/ câliner/ se tromper/ recommencer/ pardonner/ souffler/ s’embrasser. Et on va surtout garder en tête notre tryptique : respect mutuel, non-violence et amour sans limite 💕.

Et vous, comment votre bienveillance s’est-elle confrontée à ces 8 semaines inédites ?

8 commentaires sur “Notre bienveillance à l’épreuve de 8 semaines de confinement.

  1. je me retrouve tellement dans ce que tu dis ! Nous aussi les enfants vivent en slip et Tshirt, on a beaucoup lâché sur les horaires du coucher, et sur le temps de télé (il faut dire qu’avant on n’avait pas de télé donc ça réglait la question, là on confine chez papa qui en a une). Ce n’est déjà pas facile de vivre en vase clos alors je n’ai pas du tout envie de rajouter aux combats quotidiens ! On remettra doucement les règles en place quand la situation sera revenue à la normale.

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    1. Chacun.e fait comme il veut, mais perso je crois que c’est une sage et belle décision que celle de lâcher du leste, rien que pour la santé mentale de tout le monde ! En effet il sera temps plus tard, de réintroduire les règles de vie habituelles, quand le rythme habituel reviendra tout simplement !

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  2. Pas d’horaire… Hier elle s’est endormie à minuit, c’est de pire en pire 😂. Normalement, c’est à dire en ces temps sans école, c’est entre 22h et 22h30.
    Elle vit cul nu la plupart du temps, s’il fait chaud elle est nue. En fait il n’y a qu’à l’école où elle est civilisée.
    Par contre autant pendant le confinement on a été strict sur le temps passé devant les écrans qui était de zéro (avec les belles journées et le grand terrain dehors y’a pas d’excuse pour nous) mais niveau alimentation ce fut moyen… Pas de chips, de bonbon, mais trop de pâtes, de gâteaux, de saucisses. Mon mari est un bec sucré, ce qui n’aide pas.
    La descendance est une créature fort bizarre qui raffole des… choux de Bruxelles 😳 mais avec le confinement nous ne sommes pas sorti pendant presque 2 mois, forcément on avait plus de légumes mise à part des boîtes de conserves pas toujours fameuses.

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    1. Chez nous le beau temps n’a été présent que les 15 premiers jours de confinement…. ensuite c’était pluie et/ou vent. Les jours devinrent longs après déjà 4 mois hivernaux enfermés !
      Tu me fais rire pour le cul-nu ! J’ai des amies qui font la guerre à leurs enfants rien que pour l’habillage du matin … je n’ai pas du tout l’énergie pour cela, et n’en voit pas l’utilité ! Au diable les conventions sociales, c’est au moins l’un des avantages de ce confinement 😂 !

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  3. Je me retrouve beaucoup dans ton article. À la fois parce que nos situations familiales sont similaires, papa à la maison avec les enfants et moi au travail. Et aussi dans le lâcher prise encore plus que d’habitude. Ils vivent tout nus la moitié du temps et ma fille n’a pas mis de culotte depuis 3 semaines au moins. Quand je pense qu’elle avait elle même proposé la règle de s’habiller après le petit déjeuner au début du confinement. Pareil pour les écrans, on a élargi un peu pour que papa puisse travailler, même si ça reste très peu par rapport à bon nombre de familles.

    Aimé par 1 personne

  4. Je pense que malgré tout, niveau bienveillance, vous vous en sortez pas mal même si c’est plus difficile que d’ordinaire.
    J’ai repris le travail depuis deux semaines et petit Lu la crèche (micro-crème avec droit d’ouverture) la semaine dernière. Mais nous sommes restés confinés 5 semaines à 4 ou 5 selon les semaines. Grande Ju continuait son alternance de garde et ma soeur qui vit en studio s’est joint à nous pour bénéficier de la maison et ne pas rester seule. Cette situation nous a permis d’avoir un chouette confinement car il y avait toujours quelqu’un pour s’ocuper de petitLu (mais pas toujours le même). Je pense sincèrement qu’être confinée seule avec lui sans pouvoir se balader pour nous changer les idées aurait été plus compliqué !

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    1. Le confinement regroupé est une idée que j’aurai adoré ! Vous avez du savourer ces instants en « famille élargie » !
      Oui je pense aussi qu’on s’en sort bien, que les humeurs et les besoins des uns et des autres ont pu être gérés convenablement, et qu’on a réussit à trouver de la résilience dans cotte situation.

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