Etre introvertie dans une société du paraître et de l’hyper-social

C’est un trait de mon caractère que je connaissais mal, et qui m’est apparu comme une évidence cette année avec ces histoires de foyers confinés et de limitations sociales. Alors que beaucoup de gens se sont sentit lésés de ces ruptures sociales durant 2 mois, j’ai personnellement ressentit un grand manque de solitude du fait de la présence constante du Chéri et de Ty’Pêche dans ma maison. En effet, j’avais l’habitude de temps seule grâce à mes horaires de travail décalés, et cette suppression forcée m’est devenu un poids au fil des semaines (perdurant après le mois de Mai puisque mon Homme est resté en 100% télétravail jusqu’en Aout, et que nous limitions les plages de garde pour des raisons économiques).

J’ai envie aujourd’hui, d’un « vis ma vie de personne introvertie » et de l’inconfort que cela peut être dans notre société actuelle ultra rapide, ultra sociale et ultra superficielle.

Qu’est ce que l’introversion ?
Selon le dictionnaire Larousse, l’introversion désigne la tendance à se replier sur soi-même. Cette attitude n’est en soi, ni positive ni négative ; or, dans le langage commun, « se replier sur soi » est connoté plutôt négativement et on l’associe rapidement à l’asociabilité, l’isolement, la dépression, le risque suicidaire même. Le site internet Un monde pour les introvertis nous donne une définition étoffée qui me parle complètement :

Une personne introvertie puise son énergie essentiellement dans son monde intérieur. Elle a donc un besoin fondamental de solitude pour se ressourcer. Cela ne l’empêche pas d’avoir un besoin de vie sociale, au même titre que les extravertis. Mais les introvertis se satisfont plus facilement de solitude, et peuvent se fatiguer rapidement au contact des autres.

Par ailleurs, les personnes introverties ont une préférence pour le monde intérieur (son propre monde intérieur, mais aussi celui des autres), le monde des pensées, plutôt que le monde des signes extérieurs.
Enfin, les personnes introverties sont généralement des personnes calmes, discrètes, posées, rêveuses, réfléchies.

https://unmondepourlesintrovertis.fr/introverti-definition/

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Quelle différence avec la timidité ?
Faisons une fois de plus appel à notre ami Larousse : la timidité désigne le manque d’assurance, de hardiesse dans ses rapports avec autrui. Cette fois-ci, c’est sur le site timidite.info que j’ai extrait un paragraphe plus détaillé :

La timidité peut être décrite comme la crainte de ne pas faire bonne figure. Le sujet se sent menacé par le regard de l’autre, et démuni face à lui. […] Le timide aura tendance à surestimer la performance exigée par la situation et, dans le même temps, à sous-estimer ses capacités à y faire face. […] En réalité, l’intimidation est une émotion résultant de la combinaison de la crainte de l’autre et de l’envie de lui plaire, le tout associé à un manque de confiance. Les personnes qui ont peur des autres, mais sans être motivées par le contact, deviennent plutôt asociales que timides.

https://timidite.info/comprendre/le-mecanisme-psychique/

Je me reconnais clairement plus dans les mots associés à l’introversion, que dans ceux de la timidité, contrairement à ce que j’ai pu croire de moi-même durant des années.

Enfin, les mots de Charlotte du blog Happy Chantilly ont achevé de me convaincre : elle décrit si justement mes ressentis et mes envies du quotidien ici.

pexels Samuel Silitonga

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Le quotidien d’une introvertie
Avant ma maternité, je n’avais jamais éprouvé de difficultés au quotidien car j’arrivais très facilement à me dégager du temps de repos et de tranquillité : ma vie s’articulait entre nos moments de couple, le travail hebdomadaire, la vie sociale et mes plages horaires seule, dans un équilibre parfait. Je ne me rendais même pas compte de mes besoins tellement c’était simple et naturel.

L’arrivée de Ty’Pêche, outre le bouleversement inhérent à la maternité elle-même, m’a poussée hors de ma zone de confort : en effet mon Mari a passé 1 an au foyer, ce qui signifiait donc que du jour au lendemain une bébée dépendante de moi, et un adulte sans activité professionnelle, était en permanence entre nos 4 murs. Bien que ce fusse assez déroutant, je n’en garde pas un souvenir désagréable, Chéri prenant soin d’organiser des sorties avec notre fille (plus ou moins longues, rapport à l’allaitement) pour me laisser de l’espace. A cette époque, je poursuivais également le yoga, une activité dans laquelle je m’épanouissais pleinement.

Puis notre vie s’est organisée autour du nouveau job de Chéri et des gardes de Ty’Pêche : un rythme qui nous suivîmes plutôt bien jusqu’au fameux printemps 2020… et ma prise de conscience douloureuse.

Alors, concrètement, ça ressemble à quoi une vie d’introvertie ? C’est simplement un besoin aussi important de bouillonnement social, que de solitude. J’aime voir mes proches, mais je ne ressens pas le besoin de les voir souvent. Ce n’est pas que je me sente mal à les voir trop, c’est que je suis rapidement dérangée de ne pas avoir « assez de temps juste moi ».Ce que je trouve dans la solitude, c’est le plaisir du calme, de n’avoir que MES pensées sans devoir écouter et comprendre celles des autres, de n’avoir que MES sentiments sans m’imprégner de ceux des autres, de me ressourcer et retrouver mon énergie avant de replonger dans le monde. Voir mes weekends et mes soirées se remplir de rendez-vous, de fiestas, de sorties, de repas… m’angoisse. Quand j’ai eu trop de sollicitations, j’ai le réflexe de réfléchir à la meilleure façon de refuser avant même d’envisager participer. Je suis ravie de voir les jours raccourcir et la pluie s’installer car cela signifie du cocooning et des journées sans quitter mon pyjama, et c’est vraiment le pied. « Ne rien faire de mon weekend » n’est absolument pas un échec pour moi : au contraire, j’en suis satisfaite. Cela ne m’empêche pas de répondre présente aux fêtes, de m’y amuser, d’en profiter et de fanfaronner. La majorité du temps, je ressens au cours de la soirée le besoin de m’isoler : physiquement si possible, idéalement sur un balcon à l’air frais, ou au fond du jardin près d’un paisible chêne ; si cela n’est pas possible, je sais faire un pas de côté et rester simplement seule à observer la vie grouiller autour de moi et profiter de cette déconnexion qui recharge mes batterie avant de replonger au coeur de la fête. J’éprouve d’ailleurs un grand plaisir à simplement observer : c’est un besoin même lorsque je rencontre un groupe inconnu, où ma réserve naturelle me laisse souvent silencieuse et me donne une image froide de prime abord. Les gens qui me connaissent savent que je ne le suis pas : une fois à l’aise, je suis bavarde, piquante, ouverte aux débats passionnés, moteur dans la conduite de projets, et il peut même m’arriver d’être drôle 😁.

pexels Arthur Brognoli

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Être introvertie dans le monde actuel
La société n’est clairement pas reposante : tout va à cent à l’heure, on lit sans arrêt les mots « booké » « planning » « pas le temps » « dépêche-toi », on entend parler du temps comme de quelque chose qui se compte autant que les pièces jaunes à une époque : c’est une ambiance étouffante dans laquelle je n’arrive toujours pas à me conformer. Moi, pour choisir la couleur de mes futurs chaussons, j’ai besoin de 3 jours de réflexion (true story). Mon cerveau sature vite : entre l’énergie que me demande ma fille, la charge mentale du foyer, la concentration et l’empathie dépensées au travail, les trucs et bidules à prévoir/ programmer/ répondre/ conclure… Je suis souvent lasse et agacée de voir cette accumulation de sollicitations ; d’autant plus qu’aujourd’hui la « Working-Mum » qui court des conf-calls à la crèche puis en afterworks en tailleur-talons est encensée, or c’est une image dans laquelle je ne me reconnais absolument pas et à laquelle je ne comprends rien. Pourtant, quand un sujet me passionne, je m’investis pleinement et suis capable de soulever des montagnes sans compter, et je reconnais que ça me booste énormément ; mais il me faut beaucoup de temps et de vide pour récupérer l’énergie dépensée.

Le paraître et le superficiel me laissent dubitative : ce sont aussi des domaines dans lesquels il faut dépenser une énergie monstrueuse, alors qu’il est naturel et économique d’être simplement soi sans réfléchir à ce que les autres veulent voir de toi. Je ne comprends pas toujours ce qu’on attend de moi et quand j’essaie de m’y conformer, ça me coûte vraiment. Je ne sais pas si je suis un bon caméléon, mais ce n’est pas une discipline qui me convient en tout cas. Aujourd’hui, à 30 ans, je recherche les relations authentiques et sincères.

Pour conclure
J’apporte timidement ma pierre à l’édifice pour mettre en lumière ce trait de personnalité discret et méconnu : ce n’est pas parce qu’une personne refuse de multiplier les sorties, reste parfois dans son coin, apprécie la solitude, qu’elle est un Ours associable. On a chacun nos besoins, le mien est d’avoir cette possibilité de retranchement comme soupape à ce monde trop rapide et trop bruyant pour moi. Il y a quelques semaines, j’ai lu le roman « Coup de foudre à la librairie des coeurs brisés » (oui, le titre est niais) et j’ai adoré la description faite de l’héroïne, personnage introvertie très bien écrit. C’est un chick-lit hein, donc un homme rencontre une femme voilà voilà tu connais la fin, mais j’ai vraiment eu un énorme coup de coeur pour ce bouquin… tant et si bien que je n’ai pas pu enchaîner sur une autre lecture !

Et vous, y-a-t-il des lectrices (lecteurs) introvertie par ici ? Racontez-moi !

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10 commentaires sur “Etre introvertie dans une société du paraître et de l’hyper-social

  1. Ah tu n’es pas seule!
    Bon pour les lectures, ici je n’arrive plus à lire de bouquins suaf sur écran en voyage et encore…
    Mais pour l’introversion… je ne sais pas depuis combien d’années je le sais, j’ai toujours aimé avoir du temps seule, je crois… et c’est vrai que ce besoin a été exacerbé avec le confinement, ici 5 à la maison h24 alors que j’avais 2 jours par semaine en tête à tête avec mon bébé… suite au confinement, reprise partielle de l’école, télétravail pour monsieur, puis vacances des grandes, résultat j’ai dû n’avoir qu’un ou deux jours seuls avec poulette, comme on aimait avant, jusqu’à ce qu’elle entre à l’école. Depuis, mon mari alterne entre déplacements à la semaine et télétravail et j’avoue apprécier et parfois attendre ses déplacements. Qui me permettent quelques heures de solitude le soir, et le lundi après-midi s’il est déjà parti. Car j’ai augmenté mon temps de travail, presque contre mon gré, une demande pressante de ma direction mais finalement, je suis plus seule dans mon bureau que chez moi ! Alors j’ai accepté, car avoir mon mari qui travaille chez moi quand j´Y suis ne m’apaise pas du tout…
    Et puis il y a les nuits. Quand tout le monde dort. Mon moment à moi. Où je peux jouer sur mon téléphone, laver la maison, regarder un programme télé ou des vidéos sur YouTube sans être sollicitée. Jusqu’à 1h du matin, parfois 2… mais seule dans mon monde. Et j’aime ça ! Autant que j’aime faire la fête, recevoir mes parents ou sortir (rarement) au restaurant…

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      1. Non, c’est quand je suis aussi à la maison mais que je ne me sens pas assez seule 🙂 puisqu’il est dans une pièce à côté. Je n’ai pas cette sensation d’être dans ma bulle et ça me manque, car il peut venir me solliciter (ou pas !) dans l’après-midi par exemple et ça « casse » ma bulle de solitude…

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      2. Ah d’accord je comprends mieux ! Eh bien je ressens pareil. Quand je suis contente que mon Chéri fasse une journée en présentiel, il me dit « Pourtant je n’ai pas l’impression de déranger ». Mais ce n’est pas du tout un question de dérangement, c’est vraiment une envie de solitude.

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  2. Merci de rappeler la différence entre introversion et timidité. Ce n’est pas toujours facile quand on rencontre quelqu’un de nouveau de faire la différence.

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  3. Je me reconnais beaucoup dans la description que tu fais de ton caractère. Le besoin de solitude (je pourrais rester des jours sans voir personne et sans que cela ne me pèse – mon fils mis à part), de ne pas « encombrer » mon quotidien de mille rendez-vous et choses à faire… Je n’aime pas la foule, les bruits trop intenses. Et pourtant je ne suis pas timide, j’aime les gens et leur compagnie mais j’ai besoin de me retrouver « seule avec moi-même ». Je suis la première à organiser des moments conviviaux en famille ou entre amis mais je privilégie toujours les petits comités. Et même si j’adore ces moments, après une semaine de travail intense je vais avoir besoin de ne pas voir de monde (famille nucléaire mis à part… quoique, si parfois je pouvais m’en « débarrasser » juste une heure pour être seule…).
    Je ne m’étais jamais définie comme introvertie mais il semble que je fasse partie « de la bande »…

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  4. « Quand j’ai eu trop de sollicitations, j’ai le réflexe de réfléchir à la meilleure façon de refuser avant même d’envisager participer. » je me reconnais énormément ! Ainsi que dans l’image froide que l’on peut donner de prime abord !

    Je me souviens qu’une de mes années de fac, les options étaient organisées de telle manière que j’étais toujours avec l’une de mes amies, j’avais fini par leur demander de me laisser manger toute seule pour que je puisse un peu être seule avec moi-même. Elles avaient été très surprise mais elles m’avaient laissé faire sans broncher (j’ai des amies au top !).
    C’est vraiment compliqué d’être introvertie quand les autres ne comprennent pas. Moi, ne pas sortir pendant le confinement, je l’ai très bien vécue, j’étais pépère. Par contre oui, être « bloquée » avec ma famille était un peu compliqué… par exemple le matin j’ai besoin d’être toute seule, de réfléchir, qu’on ne me parle pas. Pas facile quand on est 4 autour d’une table de petit déj’ ! d’ailleurs, quand j’ai dit a mon père que je n’aimais pas parler le matin, il s’est renfrogné et l’a pris pour lui… vraiment dur !
    Je suis contente quand je vois mes amies, bien sûr, ou quand on parle au téléphone ou même qu’on échange quelques nouvelles par SMS, mais elles ne me manquent pas, je n’ai pas ce besoin d’avoir les dernières nouvelles fraîches toutes les semaines x)

    En tout cas, ton article me fait m’interroger parce que depuis quelques jours il m’arrive de me dire que je voudrais bien « disparaître » dans un monde parallèle, dans une petite cabane perchée dans un arbre dans la savane… (d’ailleurs j’en parlais même dans mon article de ce matin !) peut-être que c’est moins de la déprime que juste le signe que je suis trop sollicité de partout !

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    1. C’est vrai que les gens peuvent prendre pour eux nos demandes de tranquillité…. alors que cela nous concerne NOUS ! C’est là la difficulté de ce trait de caractère aussi je trouve.
      J’ai aussi parfois une envie d’évasion et de solitude… A nous de jauger le besoin derrière cette envie, afin de ne pas laisser s’installer une déprime quand même, hein 😉 .

      Merci de ton partage d’expérience !

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      1. Oh bah la déprime elle est déjà là depuis un bail x) mais ça n’a rien à voir avec la solitude !

        Oui, ils peuvent prendre nos demandes pour eux, genre « je veux pas te parler » alors que c’est tellement pas ça ! Et ça demande de vraiment bien exprimer la demande pour pas commettre de maladresse, parfois ce n’est pas très simple !

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