La naissance de Ty’Cahuète, entre intensité et douceur

Je n’ai jamais raconté la naissance de Ty’Pêche : premièrement parce que j’ai envie de garder cette intimité-là pour nous, deuxièmement parce que ce bel évènement restait entaché de regrets et d’amertumes. Je ne vais raconter que partiellement notre deuxième enfantement, toujours par soucis d’intimité, mais je voulais quand même partager mon cheminement parfois incompris et le point final à l’étape « enfantement » de ma vie de femme.

Je vous avais donc laissés en Mars, à la toute fin de ma grossesse, dans cet article. 2 jours avant le terme prévu de Ty’Cahuète, je commençais à être de franche mauvaise humeur, parce que voir la D-date approcher remuait en moi toutes mes angoisses de dépassement de terme, de déclenchement, et mes interprétations « Mon idiot de corps ne sait pas accoucher » « Je ne sais pas produire d’ocytocine, en plus c’est l’hormone de l’amour, ça veut dire que je ne sais pas aimer, non mais quelle moche personne je suis » toussa toussa… C’est sans compter sur mon adorable fille aînée qui, pour me changer les idées, m’agrémenta d’une journée « retapissage de la déco par vomissements intermittents » suivie d’une nuit « Rappelle-toi ce que c’est que d’être réveillée toutes les 2 heures ». La veille du terme, c’est avec une face remodelée façon Picasso que j’appelle l’école pour indiquer que Ty’Pêche serait absente, puis la Maternité pour indiquer que je n’avais toujours pas accouché, puis ma belle-mère pour indiquer que j’avais besoin de dormir.

Je restais tout de même d’excellente humeur. Ou pas.

Il était donc calé que Belle-Maman venait chercher Ty’Pêche après sa journée de travail, afin que ma fille dîne et dorme là-bas, soit déposée à l’école le lendemain, et que nous la récupérâmes le soir à 16h. Chéri et moi nous réjouirent d’une soirée en tête à tête, plateau télé et nuit complète. Ha Ha HA HA. Je suis sûre que tu sens l’humour de Ty’Cahuète fleurir en ces premiers jours de printemps ? Parce qu’à 18h lorsque Belle-Maman referma la porte derrière elle, j’avais un sourire mi-figue mi-raisin sur mon visage cerné… en effet, de douces contractions s’installaient en rythme depuis déjà 2 heures. Hum…. Chériiiiii ?!

la tête de Chéri quand je lui annonce que c’est p’tet pas gagné pour la nuit complète et peinards.

Quel bouleversement en moi ! Mon cerveau considérait pêle-mêle :
– un accouchement qui se déclenche seul, hip hip hip ! I CAN DO IT !!
– Pour l’instant je gère, où sont toutes mes fiches d’encouragement ? C’est quoi déjà, le souffle, la vague, le bidule ? Sophro, sophro, sophro, Pff Pfff Pfff.
– Rester mobile, rester mobile, MAIS OU EST MON FUCKING BALLON ?
– Je vais me faire un festin de reine, au cas où ils veulent plus me laisser manger après. Fais péter les chips !
– Mmmm je vais accoucher le lendemain d’une nuit de moins de 6h, est-ce bien raisonnable ?
– Tu crois que je vais y arriver ? Et si j’y arrive pas ?
– Allez Ty’Cahuète, on est une team, on bosse à 2 et on va y arriver 💪

Nous avons eu le temps de nous faire ce fameux plateau TV, ce film de 4h que nous voulions absolument voir, et ce repas décadent trop gras trop salé trop sucré, pas du tout adapté pour le-marathon-de-l’accouchement. Puis je me plaçais au calme et dans la pénombre, et cherchais une position pour gérer les contractions qui s’intensifiaient. Qui s’intensifiaient même beaucoup, autant que je tente de dormir un peu. Ah mais j’ai pas beaucoup de temps pour dormir entre 2, là. Je télécharge un compteur pour le fun, et au bout de 4 contractions l’application affiche sur mon portable « Nous vous conseillons de vous rendre à l’hôpital dès que possible ». Ah. En effet, une contraction toutes les 6 minutes, et moins de 10 entre chaque… Chéri me rejoint dans la chambre et s’apprête à se coucher. Mouahahaha… Non. Démarre la voiture et dis adieu à ta nuit. J’t’avais prévenu.

Ma tête quand Chéri a tenté de se glisser sous les draps.

Le trajet me détruit ma bulle de confort et de confiance : la douleur explose et je me laisse emportée par elle, ne sachant comment me positionner dans la voiture. J’arrive à la maternité presque pliée en 2, souffrante, criante, quasiment coupée de toute communication. L’ambiance est pourtant tamisée et douce, insonorisée. Mais je ne parviens pas à reformer un cocon autour de moi. c’est trop dur, trop intense, trop violent. C’est une douleur incroyable, elle m’emporte à chaque fois, me transporte loin, m’abîme et me sèche de mes forces. Nous avons à peine fait connaissance que je demande la péridurale, je ne peux pas tenir 3 heures supplémentaires ainsi, c’est trop pour moi. J’envoie toute mon admiration aux femmes qui accouchent sans anesthésie, et je confirme sans regret que je veux la mienne. Mes contractions s’enchainent, le monitoring affiche des vagues sans plateau, j’ai quand même le doute d’être peut-être au pied de la ligne d’arrivée… et l’aiguille traverse ma peau. Quelle affreux souvenir, d’ailleurs, la douleur de la ponction est pire que celle des contractions : je hurle et gesticule, on me supplie de m’immobiliser, je tremble de douleur et je prie le Dieu du soulagement pour une action la plus rapide possible.

Et elle fut relativement rapide. L’horloge murale affichait 3h10. Une heure plus tard, j’étais à « dilatation complète » (c’est moche comme terme, non ?). Et encore 2h plus tard, je commençais la première de mes 3 poussées qui allaient voir venir au monde notre deuxième enfant. Durant ces dernières heures, j’ai conservé une mobilité relative de mes jambes, je n’ai jamais arrêté de sentir les contractions, je savais où appuyait la tête de Ty’Cahuète. La SF était adorable : calme, posée, drôle et « bonne enfant ». Elle n’était pas avare d’explications et à l’écoute de nos demandes. Elle a proposé d’elle-même le clampage retardé du cordon, des essais de positions autre que la « gynécologique » (pieds dans les étriers, TMTC), l’attente avant les « premiers soins » (d’ailleurs Ty’Cahuète a été pesée à 3 heures de vie, parce qu’elle n’était que dans nos bras avant).

Alors que la chambre était calme et que le soleil n’allait pas tarder à pointer le bout de ses rayons, la SF et moi nous préparions à cet acte extraordinaire qu’est la naissance d’un enfant. En attendant la prochaine contraction, je songeais aux gens qui se réveillaient pour embaucher, à ceux qui comataient dans les transports en commun, aux collègues de la santé qui terminaient bientôt leurs gardes. Aux vies normales qui se déroulaient au-delà de la fenêtre, alors qu’ici se préparait un moment incroyable dans nos vies à nous : nous nous apprêtions à accueillir un nouvel être au sein de notre famille. La douleur arrive, la contraction monte, je plonge mon regard dans celui de la SF qui hoche la tête, et c’est partit. Une poussée, longue, si longue, et ces sensations dingues : la tête de bébé est bel et bien là, je la sens, je le sais. Une autre poussée, la SF me demande si je veux voir ce qui se passe avec le miroir, proposition qui sur le moment me consterne et à laquelle je réponds absolument pas aimablement « NON ! » (ce qui provoqua hilarité de mon Mari et de l’auxiliaire de puer). Nouvelle contraction, je pousse mais je sens que je démarre mal, je reprends mon air, je souffle mon périnée, je sens bébé progresser et la SF me dit avec enthousiasme « Attrapez-le, il arrive ! ». J’ai 2 sensations : la première, une sidération de la rapidité et de la beauté de cet instant ; la deuxième, une sensation de brûlure et de « déchirure » dans toute ma zone génitale (pourtant, je m’en sors sans la moindre égratignure).

Tout comme lors de la naissance de Ty’Pêche, je ne verserai pas de larmichette, mais je reste béate devant ce petit être rosé et gluant, à l’odeur indescriptible et au regard déjà pénétrant. Je suis nue, bébé est simplement recouvert d’une serviette, allongé sur ma poitrine, et nous fusionnons l’une avec l’autre, dans un plaisir immense et un amour dévorant. Après ces quelques minutes de rencontre, les soignantes nous demandent le sexe de bébé et nous découvrons avec joie qu’il s’agit d’une fillette qui complètera notre famille. Nous mettrons encore une heure à choisir définitivement son prénom, et resterons 3h tous les 3, à savourer l’infini douceur de ces premiers instants ensemble. Une nuit hors du temps ♥.

le peau à peau, quel délice, quelle intensité ♥

Je chéris ce deuxième accouchement qui panse mes plaies du premier : j’en restais avec une sensation d’incompétence, de gâchis, de vol et d’inutilité. Notre rencontre, avec Ty’Pêche, est teintée d’amertume et nous garderons toujours ce boulet au pied, mais j’ai aujourd’hui réussis à l’alléger et le rendre supportable à transporter. Oui je suis capable, oui je peux le faire, oui ça peut être fluide, simple, beau. Ce n’était pas de ma faute, ce n’était pas de sa faute, c’est la faute du système, du rouleau compresseur protocolaire, du manque cruel de moyens et de personnel qui détruit l’écoute et l’individualité. Mais ce jour-là, pour la naissance de Ty’Cahuète, nous avons été écoutés, entendus, accompagnés avec bienveillance et respect.

Merci ma fille de m’avoir offert la plus belle des rencontres ♥

je n’aurai pas mieux dis

7 commentaires sur “La naissance de Ty’Cahuète, entre intensité et douceur

  1. C’est un bien beau récit, tu as géré comme une pro 😀 C’est clair les contractions dans la voiture c’est le diable incarné, la prochaine fois je reste chez moi 😆 Y’a tellement de ressemblances ici et là dans nos deux grossesses et nos deux accouchements c’est fou 🙂.

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